‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 18 sur 168 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

petit qu'un tigre, plus grand qu'un loup, et qui, d'un pelage noir foncé, battait ses flancs avec une longue queue et se tenait à cinquante pas de nous.

Que faire ? Le mieux était sans doute de chercher à Teffrayer; je pris le grand sabre, j'ordonnai à Achmet de s'armer de son couteau, et avec un courage héroïque, nous fîmes dix pas en avant ! L'ennemi ne bougea pas... C'est alors que mon drogman se rappelant fort à propos qu'il était père de famille, et persistant du reste à croire que nous étions en présence d'un diable, me supplia de m'arrêter. J'eus l'immense bonté de lui céder, et, reculant à petits pas pour dissimuler cette fuite honteuse, nous laissâmes là ruines et débris, pour nous rabattre sur le camp, où Achmet raconta notre aventure si bien que mon cuisinier se crut en devoir de venir me féliciter sur notre bravoure ! !

Nous campons au milieu des oliviers, sur les confins de Banias, l'antique Césarée de Philippe ; ici commencent les souvenirs bibliques, Jésus s'y trouvait quelques jours avant sa Transfiguration.

1er novembre.

S'il y a des gens qui aiment l'aridité, je les engage à venir en Palestine ; je leur promets qu'ils

seront satisfaits! Nous voici à Tibériade, sur les bords de cette mer ou plutôt de ce lac témoin des principaux miracles, des plus belles prédications de Jésus; eh bien, il fait tellement chaud, à 250 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, et huit ou dix heures de cheval chaque jour par un soleil de feu sont . si pénibles, que l'on a peine à se recueillir comme on le voudrait.

Nos journées d'hier et d'aujourd'hui ont cependant été intéressantes : hier c'étaient les sources du Jourdain, puis notre joli campement à El-Moughar sur un coteau qui domine le lac de Houleh ; aujourd'hui c'étaient Bethsaïde, la patrie de Pierre, d'André et de Philippe, et puis l'emplacement de Capharnaûm, où Jésus, chassé de Nazareth, vint passer les trois plus belles années de sa vie , celles de ses enseignements admirables.

Nous campons ce soir au-dessus de ce lac de Tibériade, dont les eaux si pures font contraste avec les rives désolées ; du temps de Jésus ces vallons devaient être riants et fertiles pour nourrir les multitudes qui se pressaient autour de lui, ces bords devaient être égayés par de riches villages ; aujourd'hui tout cela est désert, rocailleux, monotone. L'endroit qui a servi de berceau à l'ère nouvelle de civilisation et de progrès moral qui domine aujourd'hui le monde, est retombé, lui, dans la

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