‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 19 sur 168 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

solitude et la désolation... Quel mystère et quel profond sujet de méditation !

2 novembre.

La soirée d'hier a été délicieuse ; à l'ardeur du jour avait succédé Tair doux et tiède d'une nuit splendide, et je suis resté plusieurs heures à rêver en contemplant ce beau ciel et les teintes poétiques des montagnes qui entourent le bassin du lac.

Ce matin, avant même qu'il ne fît jour, nous avons pris un bain dans les sources chaudes et sulfureuses de Hammath, puis, traversant les hauteurs de Hattin, où Saladin écrasa, en 1187, l'armée chrétienne commandée par Guy de Lusignan, et mit fin, en pratique du moins, au royaume de Jérusalem, qui n'exista plus que de nom, nous ne nous sommes arrêtés qu'au sommet du mont Thabor. C'est là qu'une tradition, probablement erronée, place la scène de la Transfiguration que, selon l'Évangile de saint Mathieu, il faudrait voir plutôt sur le mont Hermon, au-dessus de Banias. Quoi qu'il en soit de cette question encore très-discutée, je préfère concentrer tous mes souvenirs sur l'intérêt véritable de ma journée, sur Nazareth, la ville de la Vierge, le séjour du Christ pendant toute son adolescence.

Rien ne saurait préparer mieux Tesprit et le cœur que les approches de Nazareth ; c'est une succession de collines et de vallons qui s'élèvent pittoresquement sur le flanc d'une longue montagne, où rame se recueille sans peine au milieu de vastes champs de bruyère. La ville du Seigneur apparaît enfin comme perdue sur la dernière des pentes, mais au milieu de ce calme de la nature, ses blanches maisons y respirent une douce gaieté, et certes c'est un des beaux moments de la vie que cdui où il est donné à Thomme d'admirer la petite patrie du grand Sauveur.

J'aurais dû rester sur ces impressions, j'ai eu le tort d'aller au couvent Latin visiter la grotte où eut lieu l'Annonciation, et entendre raconter par les pères Franciscains le miracle par lequel la maison de la Vierge, attenante autrefois, a été transportée par les anges, d'abord en Dalmatie et puis à Lorette, près d'Ancône, où elle donne lieu à un pèlerinage des plus renommés. Pourquoi donc nous faut-il toujours du merveilleux, et ne serait-il pas beaucoup plus digne et plus réel de nous en tenir plutôt, tout simplement, à la morale sublime que le Christ est venu prêcher sur terre?

Ma soirée se termine très-agréablement par un dîner en tète-à-tête avec un chef arabe, Mahomety-Safed, qui veut bien partager ma soupe, et nous

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