CHAPITRE III
témoin chaque année d'une des cérémonies les plus odieuses que Ton puisse imaginer et que Ton nomme le Feu-Xouveau. Le samedi saint, Tévêque grec entre dans la chapelle de TAnge, dont on referme hermétiquement la porte sur lui, et un envoyé du ciel ne tarde pas à lui apporter d'en haut le feu sacré que ce prélat présente à son tour à la foule, au travers d'un petit guichet percé dans le mur. « Aussitôt, dit Vllinèraire de V Orient, si bien fait par MM. Joanne et Isambert, des milliers de Grecs, de Cophtes et d'Abyssins, ivres d'enthousiasme, se précipitent pour allumer leurs cierges à ce feu céleste. Les cris, les flots agités de cette foule, la lueur de mille torches, les chants et les danses qui accompagnent cette profane cérémonie, lui donnent un caractère indescriptible. La milice turque, chargée du maintien de l'ordre, est souvent impuissante contre ces hordes de démons déchaînés, et il est rare qu'on n'ait pas à signaler de graves accidents. En 183ù, plus de /lOO cadavres jonchèrent le pavé du Saint-Sépulcre à la suite de ces odieuses saturnales. » Je relate cette cérémonie du feu sacré à l'intention de quelques-uns de mes amis trop disposés à ne regarder les choses que dans un sens : rien ne rend tolérant comme un voyage à Jérusalem !
J'ai terminé ma journée par une promenade à
rétablissement russe, bâti sur une colline en dehors de la ville, et dont les proportions colossales sont en rapport avec la position de plus en plus grande que la Russie prend en Orient.
8 novembre.
J*ai déjeuné aujourd'hui et passé plusieurs heures avec le consul général de France, M. de Barrère, que seize années de poste à Jérusalem, jointes à beaucoup d* étude et d'intelligence, ont fait l'homme de notre époque le mieux au courant de rorient et de ses questions politiques et religieuses. Il sait en quelque sorte par cœur et la Bible et Josèphe, et il m'a donné les explications les plus intéressantes sur l'ancien temple de Salomon que je dois visiter demain. Aussi, lorsque quatre heures ont sonné, ai-je eu peine à m'arracher de son salon pour courir, aujourd'hui vendredi, à l'antique muraille pii les juifs viennent pleurer la ruine de leur temple et prier pour le retour de leur grandeur passée. Je ne m'attendais pas à être aussi impressionné que je l'ai été par ce spectacle touchant : Témotion véritable, la profonde sincérité de ces femmes qui sanglotent en embrassant la muraille, de ces hommes qui, selon les prescriptions de l'Écriture, prient en secouant