CHAPITRE III
tous leurs os; puis, comme premier plan, des vieillards accroupis et lisant au travers de grosses lunettes leurs livres saints; ces costumes et ces types du vieux judaïsme; enfin, comme fond, les pierres énormes de ces assises archaïques; tout cela forme le tableau le plus saisissant, le plus parlant qui puisse se graver dans un cœur.
9 novembre.
M. Bergheim m'a conduit ce matin à la mosquée d'Omar, l'emplacement de Tancien temple de Salomon. C'est une excursion bien intéressante, mais plus difficile encore à décrire, car,' à l'exemple de la plupart des monuments de Jérusalem, le temple a été détruit et réédifié plusieurs fois et il a subi bien des remaniements.
Je ne chercherai pas à préciser les époques de construction de ses différentes assises, tantôt hébraïques, tantôt romaines et puis sarrasines, je préfère ne parler que de l'impression de grandeur produite par cette cour dallée qui, sur une longueur de 460 mètres, occupe tout le sommet du mont Moriah et nécessita les travaux de nivellement les plus considérables. Sur cette vaste esplanade le peuple juif venait assister de loin au culte et aux sacrifices que les prêtres seuls avaient le droit d'of-
frir dans Tenceinte sacrée. Au centre, à peu près, s'élevait le Temple, bâti par Salomon 1011 ans avant Jésus-Christ, détruit 423 ans plus tard par Nabuchodonosor, réédiflë au -retour de la Captivité de Babylone, rebâti une nouvelle fois et avec grande magnificence par Hérode le Grand, complètement rasé par Titus Fan 70 de notre ère, enfin remplacé par la mosquée d'Omar, dont la coupole sarrasine et le croissant recourbé dominent encore aujourd'hui tout Jérusalem.
Tous les voyageurs ont prodigué à la mosquée d'Omar les qualifications élogieuses de légèreté, d'élégance et de richesse, et certes sa forme octogonale, ses murailles peintes en bleu, sa coupole allongée lui donnent un cachet particulier et plein de grâce. L'intérieur en est encore plus original, car si les yeux y admirent de remarquables vitraux coloriés, l'esprit ne quitte pas l'énorme roche qui, nue et brute, occupe tout le centre de la mosquée et fait le plus curieux des contrastes avec la richesse qui l'entoure. C'est la fameuse pierre que les musulmans croient suspendue dans l'espace, sans qu'elle repose sur rien ; c'est de là que Mahomet s'éleva un jour jusqu'au septième ciel, et la tradition raconte que la roche, pénétrée d'amour pour lui, voulait le suivre et déjà s'était élevée un peu au-dessus de terre, lorsque le Prophète lui