CHAPITRE III
ordonna de rester là où elle était, ce qui s*accomplit à la lettre ! Aussi, après la Mecque et Médine, les musulmans n'ont-ils pas de pèlerinage plus vénéré que celui-ci.
Je pourrais et j'aimerais écrire de nombreuses pages sur ce temple de Salomon et sur la mosquée d'Omar, je voudrais surtout raconter la légende de la colonne sur laquelle Mahomet viendra s'asseoir lors du jugement dernier, mais il se fait tard malheureusement, et avant de m'endormir il faut que, pour finir le récit de ma journée d'aujourd'hui, je parle encore de Bethléem et de Mar-Saba.
Je n'ai pas voulu me laisser arrêter par un temps assez menaçant et je me suis mis en route à midi, pour la tournée de la mer Morte et du Jourdain. On passe par Bethléem, où il suffit d'une demi-heure pour admirer l'église dé la Nativité, construite par sainte- Hélène, et pour regretter que la grotte où naquit le Christ ait perdu tout son caractère sous une couche de marbre et d'autels dont on a cru devoir la revêtir. Il n'y a du reste pas moyen de se recueillir un seul instant à Bethléem; les habitants y sont d'une rapacité telle, que je me suis surpris tout à coup, distribuant des coups de canne à droite et à ^ gauche.
Je campe cette nuit à côté du couvent de Mar- Saba. Il est très-pittoresquement attaché au flanc d'un ravin profond, entouré, aussi loin que peut s'étendre la vue, par un désert de collines et de montagnes désolées: on n'aperçoit ni un arbre, ni un arbuste, ni même une touffe d'herbes : des pierres, toujours des pierres; c'est dans son genre aussi triste et aussi sinistre que l'auberge du Grimsel en Suisse. Avec cela nous avons une tempête de vent et, au moment où j'écris, mes hommes entassent de grosses pierres sur les piquets de ma tente pour l'empêcher d'être emportée; je me demande si je vais dormir et de quelle manière je me réveillerai.
10 novembre.
Le vent s'est calmé, et nous avons pu quitter nos tentes à trois heures du matin ; je tenais à atteindre de bonne heure les bords de la mer Morte pour éviter autant que possible la grande chaleur qu'il y fait au milieu de la journée. Après une longue descente, nous avons débouché dans la plaine au moment du lever du soleil, et je me rappellerai toujours le spectacle attachant, en même temps que sérieux, de cette belle nappe bleue enserrée par d'abruptes montagnes, les