‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 29 sur 168 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

courir pour atteindre Ismaïla, de rimmensîté de cette conception hardie. Le canal de Suez aura 160 kilomètres de longueur, sur une profondeur de 8 mètres et une largeur suffisante pour que les plus gros navires puissent s'y croiser; son creusement nécessitera un déplacement de 70 millions de mètres cubes; et quand on pense qu'il s'agit, tantôt de creuser un chenal dans des sables coulants comme au lac Menzaleb, tantôt de percer des seuils de 20 mèlres d'élévation comme à El- Guirsch, on éprouve un double sentiment de crainte et de fierté en voyant d'un côté les proportions colossales de cette entreprise et en songeant d'autre part aux progrès qu'a dû faire la civilisation pour permettre à Thomme, faible et dénué lors de sa création, d'en arriver à oser entreprendre de pareils travaux.

Ismaïla est une jolie petite ville, très-originale, au milieu des sables blancs et fins, sur lesquels elle s'est élevée comme par enchantement; c'est, en ^ein désert, un petit coin français, égayé par sa société polie et aimable.

J'ai rejoint Zagazig par le canal d'eau douce, et une fois en chemin de fer (cela paraît si rapide lorsque depuis un mois on n'a voyagé qu'à cheval), je n'ai pas tardé à arriver à Alexandrie. Cette ville ne rappelle actuellement en rien ni la gloire de

son fondateur, ni sa grandeur sous les Ptolémées. En parcourant ses rues bâtardes qui ne sont ni européennes ni orientales, on est obligé de faire un effort pour se reporter aux temps de sa bibliothèque fameuse et des séductions de Cléopâtre, et rimpression générale que l'on éprouve est en somme très-triste. Nulle part je n'ai vu, je crois, de population plus mélangée; toutes les races de la terre semblent y être représentées, et à côté d'hommes fort honorables, sans doute, on y voit malheureusement une forte proportion de gens sans aveu. Les affaires s'y traitent d'une façon tout à fait curieuse, et l'un de mes amis, qui m'a fait voir le marché au coton, n'a pas eu de peine à me convaincre de ses ennuis et de ses tribulations ; rien ne s'y fait régulièrement, et les acheteurs, aussi bien que les vendeurs, abusent successivement de leur position, suivant qu'il y a eu hausse ou baisse dans l'intervalle de l'achat et de la réception de la marchandise.

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