‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 30 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LE CAIRE. — LE NIL. — TH È BES. — L*ILE DE PHILAE. LES PYRAMIDES. — SUEZ ET LA MER ROUGE.

21 novembre.

Le Delta égyptien, que Ton traverse en grande partie en allant d'Alexandrie au Caire, est une plaine unie, couverte partout de la plus riche végétation^ C'est une ten^e bénie qui produit jusqu'à deux et trois récoltes par an et qui, à cette époqueci de Tannée, offre particulièrement l'aspect le plus enchanteur. L'œil s'y repose avec délices sur un immense tapis de verdure, rehaussé çà et là par un bouquet de palmiers, recouvert partout par ce dôme d'azur qu'on nomme le ciel d'Orient I Je ne saurais, du reste, mieux dépeindre mes impressions qu'en transcrivant ici la lettre que le conquérant de l'Egypte, Amrou, adressait vers l'an 642 à son calife, le grand Omar : « prince des fidèles, disait-il, peins-toi une campagne magnifique au

milieu d'un désert aride, voilà TÉgypte. Toutes ses productions et toutes ses richesses, depuis Assouan jusqu'à Meucha, viennent d*un fleuve béni qui coule avec majesté au milieu du pays. Le moment de la crue et de la retraite de ses eaux est réglé par le cours du soleil et de la lune ; il y a une époque fixe dans Tannée où toutes les sources de Tunivers viennent payer à ce roi des fleuves le tribut auquel la Providence les a soumises envers lui. Alors les eaux augmentent, sortent de son lit et couvrent toute la face de TÉgypte, pour y déposer un limon productif. 11 n'y a plus de communication d'un village à l'autre que par le moyen de barques légères aussi nombreuses que les feuilles du palmier. Lorsque ensuite arrive le moment où ses eaux cessent d'être nécessaires à la fertilité du sol, le fleuve docile rentre dans les bornes que le destin lui a prescrites, pour laisser recueillir le trésor qu'il a caché dans le sein de la terre.

« Un peuple protégé du ciel et qui, comme l'abeille, ne semble destiné qu'à travailler pour les autres, sans profiter lui-même du fruit de ses sueurs, ouvre légèrement les entrailles de la terre et y dépose les semences dont il attend la fécondité du bienfait de Celui qui fait croître et mûrir les moissons. Le germe se développe, la tige s'élève, l'épi se forme par le secours d'une rosée qui sup-

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