‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 3 sur 168 · RHODES · texte numérisé non relu

RHODES

4 octobre 1897.

Il est neuf heures du matin, le temps est superbe, le ciel est pur comme je ne Tai vu encore qu'à Naples ou dans le golfe du Mexique ; nous quittons la mer Noire et nous entrons dans le Bosphore. Le cœur me bat, il y a si longtemps que je désire voir Constantinople, et je m'attends à quelque chose de si beau que je crains d'éprouver au moment suprême quelque désillusion.

Mais non! nous avançons et je reste sous le

charme. Imaginez un détroit qui, sur une largeur de cinq cents mètres dans les passages les plus resserrés et de deux kilomètres dans les endroits les plus éloignés, traverse une double rangée de collines, couvertes, sur un parcours de six à sept lieues, de villages et de villes, de palais et de mosquées aussi bien que de jolies maisons de campagne ou de simples cabanes de pêcheurs, tout cela étincelant des plus chaudes teintes de TOrient 1 Ici, sur la côte d'Europe, ce sont Buyuk-Déré et Thérapia, le séjour d'été de l'ambassade de France ; là, sur la rive asiatique, c'est Bey-Koz, ce sont les Eaux-Douces d'Asie, et cent autres endroits délicieusement situés. Tantôt ce sont des villas placées à mi-côte, partout les maisons se touchent le long de ces bords enchantés. Et quand, après avoir passé le grand palais impérial de la Dolma-Bagtché, le navire jette l'ancre au milieu de ce port naturel, le plus facile et le plus beau qui soit au monde, l'œil charmé ne sait où s'arrêter, des collines de Scutari à main gauche, de Péra à droite, ou de Gonstantinople même qui déroule, en face, son amphithéâtre immense de maisons de toutes couleurs, dominées çà et là par les mosquées si imposantes avec leurs vastes coupoles et si gracieuses avec leurs minarets élancés.

Hélas! on est bientôt rappelé sur terre; il faut

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