‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 4 sur 168 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

passer la visite de la douane, il faut surtout, après avoir chargé sa malle sur le dos d'un portefaix, pénétrer dans des rues étroites, escarpées, affreusement pavées. Tout a été dit sur les odeurs de Constantinople, sur ses chiens errants et galeux, sur Taspect repoussant de ses boutiques, sur Télat de délabrement de ses maisons presque toutes en bois, enfin sur la misère de son peuple : eh bien! il faut encore renchérir là-dessus, car si Ton est séduit d'abord, et certes bien vivement, par Toriginalité, par la couleur locale de ce qu'on y voit, le sentiment qui domine ne tarde malheureusement pas à être la pitié. Il faut voir Constantinople de son Bosphore, et alors l'esprit s'élève; il ne faut pas pénétrer dans la ville, car le cœur y fait mal.

5 octobre.

Les villes mahomélanes ont toutes un quartier à part pour le commerce et dans ce bazar chaque corps de métier a son emplacement spécial; ainsi il y a celui des cordonniers, celui des parfumeurs» comme ceux des orfèvres, des armuriers, des marchands de tissus, etc., etc. Les rues y sont étroites, et elles sont abritées d'ordinaire par de grandes toiles tendues d'une maison à l'autre. Les boutiques y sont petites , si petites que souvent le

marchand, accroupi au centre, peut en atteindre les coins rien qu'en étendant les bras ; elles sont élevées d'un mètre au-dessus du sol et sont tout . ouvertes sur la rue, de façon que l'acheteur n*y enlre pas et s'accoude sur le seuil.

Le type oriental de ces bazars n'a pas été conservé entièrement à Gonstantinople : au lieu de toiles bariolées tendues d'une maison à l'autre, on y voit en beaucoup d'endroits des voûtes de brique ou de pierre dont l'aspect sombre fait mauvais effet, car il faut à TOrient beaucoup de lumière et d'éclat. Quelques magasins y ont en outre une arrière-boutique où l'on fait pénétrer les visiteurs et qui témoigne par trop de l'influence européenne. Enfin, si l'œil inexpérimenté s'y laisse séduire, au premier abord, par des trophées de vieilles armes, par des fusils incrustés, des lames damasquinées, des pistolets à crosse d'argent rehaussée de pierreries, on est désappointé quand on les regarde de bien près, car on s'aperçoit que l'on est presque tou^ jours l'objet de quelque spéculation trompeuse. Seuls, les draps et les velours brodés d'or, d'argent et de soie aux mille couleurs, m'ont paru mériter toute attention; on ne saurait imaginer de plus jolis tapis de table.

En somme, et quelque curiosité que l'on éprouve évidemment à voir ces petites boutiques, h regarder

Page 1