CHAPITRE IV
plée aux pluies et qui entretient Thumidité féconde dont le sol est pénétré ; puis à la plus abondante récolte succède de nouveau la stérilité. ({ C'est ainsi, ô prince des fidèles, que TÉgypte
offre tour à tour Timage d'un désert poudreux, d'une plaine liquide et argentée, d'un marécage noir et limoneux, d'une ondoyante et verte prairie, d'un parterre orné de fleurs et d'un guérêt couvert de moissons dorées. Béni soit le Créateur de tant de merveilles. »
Le Caire m'a beaucoup plu; c'est, malgré la proportion relativement considérable d'Européens que l'on y rencontre, une des villes les plus orientales qui se puisse voir, et je ne connais guère que Tunis dont l'aspect soit encore plus curieux. La capitale de l'Egypte a toutefois un avantage bien précieux dans la verdure et les ombrages que l'on rencontre non-seulement à ses portes, mais qui rafraîchissent encore ses places publiques et de nombreuses avenues. Rien n'est varié, pittoresque et gai comme de parcourir les rues au grand trot d'un de ces ânes sémillants et innombrables, comme on n'en voit qu'au Caire, et de frayer son chemin de son mieux, tantôt au travers d'une caravane de chameaux, toujours au milieu d'une population compacte et bruyante.
11 est des rues, et en nombre infini dans cette
agglomération de 400,000 âmes, où trois hommes ne pourraient pas marcher de front, où les toits des maisons se touchent et ne laissent pénétrer ni soleil ni lumière, où enfin les marchands accroupis dans leurs boutiques infimes pourraient aisément se donner la main d'un côté à l'autre : là tout paraît sombre et misérable. Il est, au contraire, de larges artères, plus modernes, mais également originales et encombrées, où Tair pénètre librement et où tout paraît gai, vivant, où les haillons même se voient au travers d'un prisme, tant est grande en Orient la toute-puissance de la lumière et du soleil. Une seule journée de pluie suffirait pour y donner le spleen, il faut à ces pays-ci leur été perpétuel !
M. Hugin, qui connaît le Caire comme personne, puisqu'il en a dressé le plan, m'a fait voir les endroits qu'il considérait comme les plus intéressants pour moi. Nous avons vu la place de TEsbekyeh, la mosquée du sultan Hassan, et, du haut de la citadelle bâtie par Saladin, nous avons joui longtemps du beau spectacle de cette ville aux trois ou quatre cents minarets. Nous avons visité la mosquée d'El- Azhar, l'université la plus célèbre de tout l'Orient; c'est une cour immense, entourée de vastes portiques, soutenus par plusieurs rangées de colonnes, aux pieds desquelles sont pittoresquement