‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 33 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ments de notre départ ; nous nous sommes trouvés trois passagers en tout, à bord d'un bateau qui pourrait en contenir une vingtaine» et mes compagnons sont tous deux Américains !

Ma prenciière impression s'est heureusement modifiée ; nous sommes on ne peut mieux à bord : cabines confortables, large pont bien abrité où nous passons nos journées et nos soirées, où nous prenons tous nos repas en plein air, où, enfin, tandis que les voiles des petits bateaux que nous dépassons pendent inertes et flasques, nous jouissons, nous, de la fraîcheur délicieuse que nous procure notre vitesse même. Et ce n'est pas une petite satisfaction que de sentir que nous approchons rapidement des endroits réellement intéressants du voyage du Nil, car si, de temps en temps, un bouquet de palmiers, un village indigène ou quelque bande prodigieuse de pélicans, d'ibis ou d'oies sauvages, viennent animer le spectacle toujours beau mais un peu monotone, j'avoue que les deux ou trois semaines nécessaires à un bateau à voiles pour arriver jusqu'ici m'eussent paru longues.

L'un de mes compagnons de voyage est un vieux docteur qui, pendant vingt-cinq ans, a dirigé une maison de fous dans le Massachussets ; l'autre est un marchand de Broadway, qui représente la

jeune Amérique et dont j*ai à subir, vingt fois par jour, la phrase stéréotypée que Ton peut résumer par ces mots : « Il n'y a pas au monde un pays comme les États-unis, » mais ils sont, en somme, faciles à vivre, et, comme le capitaine s'est mis à notre disposition pour nous arrêter chaque fois que nous le désirerions, tout va pour le mieux.

29 novembre.

Une de nos grandes distractions est la chasse; quand nous apercevons quelque gros gibier, le pilote niet le cap dessus et nous réussissons souvent à abattre quelque pélican ou quelque ibis; il faut être sur le Nil pour pouvoir chasser en bateau à vapeur !

Puis nous avons eu le curieux spectacle du cheik Sélim, dont la renommée s'étend dans tout le pays. C'est ce qu'on appelle en arabe un saint, et ce que nous traduirions, nous, en bon français, par une espèce de fou qui, depuis quelque chose comme trente ans, est assis ou couché jour et nuit sur le bord môme du fleuve, sans plus bouger qu'un soliveau. Il est entièrement nu, sa tête n'est abritée contre les rayons brûlants du soleil d'Egypte que par une épaisse chevelure crépue et que je ne saurais comparer qu'à la toison d'un

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