CHAPITRE IV
bélier brun-maiTon ; sa flgure rappelle, en tous points, celles de nos vieux satyres, enfin son corps présente une véritable peau de rhinocéros couverte d'écaillés çà et là, et le séjour bienheureux des mouches. Il est là, regardant d*un œil impassible le Nil qui coule à ses pieds; nouveau Diogène, il remporte même sur son prédécesseur puisqu'il n'a ni tonneau, ni bâton, ni besace, et que, malgré tout, il trouve moyen de faire, pratiquement, plus de bien sur la terre que n'en a jamais fait le philosophe cynique. C'est ainsi que, profitant de la vénération dont il est l'objet, il a su désignera notre capitaine, une petite fille toute nue qui se trouvait au milieu de la foule et lui faire comprendre qu'il devait l'habiller. Je recommande le cheik Sélim à la curiosité des touristes ; il est unique dans son genre.
Le premier temple égyptien que nous ayons visité est celui de Dendérah ; c'est un des mieux conservés, mais aussi des moins anciens, et dans ce pays-ci on regarde presque avec dédain les monuments qui n'ont que dix-neuf cents ans d'existence. Notre jeune Américain seul, habitué à voir des villes sortir de terre, marche de surprise en surprise ; il nous raconte que pendant son séjour en Angleterre on lui montra un monument qui datait d'un millier d'années, ce qu'il considéra
comme un fait prodigieux; puis il visita Tltalie et se crut transporté dans la nuit des temps; aujourd'hui que tout cela est comparativement moderne, il n'a plus d'expressions pour rendre son étonnement.
Nous sommes arrivés à Thèbes par un beau coucher de soleil. L'emplacement de l'antique ville aux cent portes occupe une vaste plaine verdoyante, bordée des deux côtés par de hautes montagnes rocheuses et traversée par le fleuve, très-large en cet endroit, et dont les eaux relativement calmes reflétaient, au moment de notre arrivée, les teintes dorées des derniers instants du jour. C'était un beau spectacle et bien fait pour diriger nos rêveries vers ces temps reculés où la civilisation égyptienne brillait du plus vif éclat, alors que toute l'Europe était encore plongée dans l'ignorance et dans la barbarie. Aujourd'hui les rôles sont bien changés, sans doute, mais pas assez heureusement pour que Ton ne puisse pas constater dans l'ensemble du monde un perfectionnement social suffisant pour encourager ceux d'entre les hommes qui considèrent comme la meilleure manière de remplir les intentions du Créateur, celle de pousser au progrès, matériel aussi bien que moral.
Nous avons consacré deux journées aux monu-