‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 35 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ments de Thèbes, et, pour graduer Tintérôt de nos excursions, nous avons réservé pour le dernier jour les splendeurs de Karnak. Nous avons commencé par les tombeaux des rois. Ces hypogées sont creusés dans le roc au fond d'une vallée aride que Ton croirait faite exprès pour disposer Tesprit au recueillement. Chacun des rois faisait commencer le sien dès son avènement au trône; on y travaillait pendant toute sa vie, et retendue en était donc proportionnelle à la durée de son règne. C'est ainsi que Sésostris, dont les deux dates extrêmes sont li07 et 1341 avant Jésus-Christ, se trouve avoir une tombe de 145 mètres de longueur. Ces tombeaux ne se composent pas d'une seule salle, c'est une série de chambres et de couloirs dont les parois et les plafonds sont entièrement recouverts de peintures et d'inscriptions relatives, les unes aux hauts faits du roi, les autres aux coutumes de son peuple. La fraîcheur de ces peintures est telle qu'on les dirait achevées d'hier, malgré leur durée de trente-trois siècles, et il s'y trouve les révélations historiques les plus authentiques et les plus intéressantes qu'il soit donné à l'homme de consulter, depuis que le génie de Champollion a permis de comprendre les hiéroglyphes qui en précisent le sens.

Les tombeaux des rois sont malheureusement

vides, ils ont été pillés par les derniers des Ptolémées, et les sarcophages de granit ou d'albâtre que Ton y a encore trouvés de nos jours ont été tous transportés dans les musées d'Europe. Il n'en est pas de même des tombes des simples particuliers, et nous nous sommes trouvés, au Deïr-el- Bâhri, marcher sur un immense amas de momies parfaitement conservées. Une remarque fort curieuse à faire à ce sujet et qui prouve combien les anciens Égyptiens avaient su adapter leur religion aux principes pratiques de l'hygiène, c'est que, dans ce pays où les inondations périodiques et la chaleur constante accélèrent la décomposition, on n'a eu à se plaindre de la peste qu'à partir du moment où les Pères de l'Église défendirent aux nouveaux chrétiens, sous peine de damnation éternelle, de continuer à embaumer les morts, et ordonnèrent de les enterrer purement et simplement.

Au milieu des ruines si intéressantes mais si nombreuses de Thèbes, j'aimerais à parler avec quelques détails du palais de Ramesseïon, du temple de Medinet-Abou et de son magnifique péristyle, des colosses de Memnon et de l'immense réputation qu'ils ont eue anciennement à cause des vibrations sonores qui, dit-on, les agitaient quelquefois au lever du soleil; je voudrais enfin

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