‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 38 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

un grand exemple de largeur d'idées en ajoutant : « Certes, ceux qui ont la foi, qu'ils soient juifs, chrétiens ou sabéens, en un mot, quiconque croit en Dieu et au jugement dernier et qui aura fait le bien, tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur; la crainte ne descendra point sur eux et ils ne seront point affligés. » Les musulmans auraient grand besoin de « protestants » qui les ramenassent au texte du Koran.

La soirée que nous avons passée à Esnèh va nous reporter à un ordre d'idées tout différent ; Esnèh est, en effet, le pays classique dés aimées , et Ton manquerait à tous les usages en négligeant d'aller assister à leurs danses. Ce sont de belles filles, élancées et sveltes, couvertes d'étoffes brillantes et surtout d'une profusion de bracelets et de colliers d'or massif du Soudan. Le teint de leurs figures passe du rouge le moins accentué au noir le plus opaque, suivant les races dont elles descendent ; leurs yeux sont agrandis par une ligne noire qu'elles peignent sous leurs sourcils, enfin leurs dents sont admirables de blancheur et de régularité. La danse ne consiste ici ni en pas ni en figures, c'est uniquement une suite de mouvements des hanches, des reins et surtout du ventre, qui ne manque pas d'une originalité un peu trop accentuée parfois, lorsque surtout les péripéties du

scénario ont fini par ne laisser pour vêtements à ces aimées que leurs bijoux.

Eh bien, quelque curieux que soit certes un pareil spectacle, nous avons été unanimes, mes compagnons et moi, pour lui préférer une simple fantasia donnée à la face du ciel, sous un beau clair de lune, par de braves Nubiens, en l'honneur d'un mariage, tant il est vrai que les plaisirs déshonnêtes laissent toujours après eux un sentiment de vide et de mécontentement.

Entre Esnèh et Edfou, nous avons aperçu les deux premiers crocodiles que nous ayons vus sur le Nil; nous avons tiré sur eux, mais ils étaient trop loin, et nous les avons manques, à mon grand regret. Edfou possède le temple égyptien le mieux conservé de tous, mais aussi Tun des plus modernes, puisqu'il ne date que des Ptolémées; il était jusqu'aux derniers temps enfoui sous les masures du village, et n'a été rendu au jour que par les soins intelligents de M. Mariette. Il est entouré d'une palissade, et Ton est tout étonné de voir ici un monument antique qui ne soit pas abandonné au pillage du premier venu.

Assouan, où nous venons de passer la journée, est l'extrême frontière méridionale de l'Egypte; immédiatement aii-dessusse trouvent tes premières cataractes et commence la Nubie, l'ancienne et

Page 1