‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 39 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

brûlante Ethiopie. Ces cataractes ne sont, à vrai dire, qu'une série de rapides, mais les blocs gigantesques de granit rose qui les enserrent et les brisent, le désert morne et calme qui les entoure et le ciel ardent qu'il faut braver, tout cela laisse une profonde empreinte dans le souvenir du voyageur. Les Nubiens sont les nageurs les plus hardis que Ton puisse imaginer; pour quelques paras, ils se précipitent dans les tourbillons et, soit à la nage, soit plutôt encore étendus sur un tronc de palmier, on les voit traverser sains et saufs toute cette écume.

La petite île de Philae marque le dernier point de notre course vers le sud ; elle est couverte de monuments du temps des Ptolémées, et certes elle offre un aspect des plus pittoresques, mais il fait si chaud que nous songeons avant tout à nous rafraîchir en prenant dans le Nil le meilleur des bains.

Ce soir, nous venons de faire quelques achats d'objets du pays ; nos Américains, en gens accoutumés à voyager sans bagage , ne veulent que des choses très-portatives; Tun d'eux a donc acheté le costume complet d'une jeune Nubienne, c'est-àdire un collier, et l'autre, voulant à toute force pouvoir donner à son retour une idée du vêtement des garçons de ce pays-ci, a été réduit à couper à

Tun d'eux une mèche de cheveux bien épaisse et bien crépue.

Demain, nous reprendrons le chemin du Caire, et, le courant aidant, nous y arriverons en cinq jours, si tout va bien.

12 décembre.

Dès mon retour au Caire, je suis allé voir les pyramides. J'ai profité d'un clair de lune radieux pour me mettre en route à deux heures du matin, et je suis arrivé au haut de la pyramide de Chéops à temps pour assister au lever du soleiL Ce n'est pas une ascension très- facile que l'escalade de ces deux ou trois cents gradins, dont plusieurs ont jusqu'à un mètre de haut, et elle doit même être pénible à faire pendant la chaleur du jour. Avec la fraîcheur du matin, au contraire, c'est un plaisir, et je suis arrivé au sommet dans les meilleures conditions pour apprécier d'abord mon déjeuner,* et puis ensuite le plus beau des spectacles. A mes pieds, j'avais les sables dorés du désert, remplacés subitement, le long de la limite des inondations du Nil, par la verdure la plus fraîche; çà et là quelques canaux et le fleuve étincelaient sous les premiers rayons du soleil; à ma gauche s'étendait le champ de bataille de Bonaparte; à ma droite, c'était l'emplacement de l'antique Memphis, et je

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