CHAPITRE IV
voyais tout cela du haut d'un monument vieux de cinquante-quatre siècles !
Tout le monde sait que les pyramides étaient consacrées aux tombeaux des rois pharaons, et que chacun d'eux commençait la sienne dès son avènement au trône, de sorte que plus un règne était long et plus la pyramide prenait des proportions gigantesques. Ce que l'on sait moins, c'est que la construction en était réglée d'après des mesures astronomiques très-intéressantes pour nous ; ainsi, la grande pyramide est exactement par le trentième degré de latitude, ses quatre faces sont orientées aux quatre points cardinaux et ses arêtes pointaient vers Sirius. Cette dernière coïncidence a même permis de reconnaître comme exacte l'époque qu'indiquaient les hiéroglyphes pour le règne de Chéops. Quant à sa hauteur, il y a quelque différence dans les évaluations; les uns disent qu'elle a 137 mètres, c'est-à-dire 5 mètres de moins que la cathédrale de Strasbourg, les autres lui donnent, au contraire, 143 mètres, et en font, par suite, le monument le plus haut du monde.
24 décembre.
Nous approchons de Bombay, où nous serons demain matin à temps pour passer à terre la
journée de Noël. Les premiers jours de notre traversée ont été mauvais; la mer Rouge, ainsi nommée peut-être parce qu'elle est du bleu le plus pur, ne s* est pas bien conduite à notre égard ; elle a bien conservé sa chaleur traditionnelle, mais elle s'est départie de son calme ordinaire et nous a ballottés pendant plusieurs jours d'une façon très-désagréable. Ce n'est qu'eu partir de Périm, ce nouveau Gibraltar, que chacun a repris un peu ses esprits, et cela si bien que notre voyage s'achève au milieu des danses et des représentations de théâtre.
Une traversée est, à tout prendre, un ennui et une perte de temps; le roulis, quand il ne \ rend pas les gens malades, leur enlève tout au moins une partie de leurs facultés; on lit peu et l'on ne travaille guère à bord, et la plus grande ressource, au milieu de conversations généralement trèsprosaïques, c'est la rencontre par-ci par-là de quelque personne plus intéressante qui, ayant beaucoup voyagé, a toujours quelque chose d'instructif ou d'amusant à raconter.
Quelquefois aussi c'est quelque jeune dam^ que l'influence enchanteresse d'une tiède soirée rend expansive, et dont la conversation poétique reflète fidèlement les rayons discrets, mais attachants, de la lune qui se joue sur les flots. Plus souvent enfin.