‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 5 sur 168 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

surtout la foule bigarrée des acheteurs, depuis le Turc civilisé que Ton ne distingue de l'Européen que par son fez rouge, jusqu'à ces femmes mahométanes dont on ne voit que les yeux agrandis par la peinture et les pieds chaussés de babouches jaunes, je dois dire que le bazar de Constantinople m'a laissé froid. Combien je lui préfère celui de Tunis ! C'est là qu'on retrouve FOrient que Ton a rêvé, ces ruelles étroites où l'on a peine à se frayer un passage au milieu d'hommes habillés des soies les plus vives, de jeunes porteurs d'eau, l'épaule chargée d'une amphore à deux anses, d'ânes et de chameaux auxquels leurs conducteurs font faire place par le cri si original de : Bâlek, bâlek, prononcé à voix traînante. Constantinople est la ville moderne, Tunis rappelle les temps bibliques.

En sortant du bazar, nous avons fait une promenade à cheval dans les rues de Stamboul et autour de ses vieilles fortifications; je me suis arrêté surtout à l'endroit où Mahomet II, franchissant après un combat terrible la triple muraille que défendait vaillamment Constantin Dracosès, mit fin à l'empire d'Orient, en U53. Nous avons traversé successivement plusieurs quartiers de religions différentes : ici les musulmans avec leurs fenêtres grillées et leurs femmes voilées ; là les arméniens dont les épouses ne craignent pas, au contraire.

de montrer leurs belles figures; plus loin les juifs dont c'est aujourd'hui le sabbat et qui se reposent en habit de fête sur le seuil de leurs maisons.'

J'ai terminé ma journée en allant sur le pont de la Validé-Sultane assister au coucher du soleil, et j'y suis resté longtemps, car on éprouve décidément plus de jouissances à voir les abords de Constantinople qu'à parcourir ses rues.

7 octobre.

J'ai commencé ma journée d'hier, dimanche, par une course à Scutari et sur le mont Boulgourlou, et je n'oublierai jamais l'aspect que présentait le Bosphore. La brise du sud venait de se lever après une longue série de vents contraires et de nombreux navires faisaient leur entrée toutes voiles déployées; nous en avons compté plus de deux cents en une heure.

Dans l'après-midi nous sommes allés assister à la cérémonie des derviches-tourneurs; elle est trop connue pour que j'en parle ici autrement que pour constater la ferveur avec laquelle tout s'accomplissait. Vers le soir, enfin, nous avons fait un tour aux Eaux-Douces d'Europe, le lieu des promenades et des parties de plaisir des habitants de Gonstantinople, musulmans aussi bien que chrétiens.

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