‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 45 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

apprend, on ne peut mieux, à se mettre à la place de ces pauvres bêtes.

Une de mes promenades les plus intéressantes a eu pour but le village sacré de Walkeshwar, bâti autour d'un étang que le dieu Rama, septième incarnation de Vichnou, creusa d'un seul trait de son arc puissant et où il lit jaillir l'eau sainte du Gange. Les Hindous y viennent pour se baigner et rien n'est pittoresque comme le spectacle de la foute dévote des fakirs et des fervents, échelonnés sur les gradins de pierre qui l'entourent.

Tout près de là, j'ai pu prendre une première idée des superstitions et de l'exaltation religieuse des Hindous en voyant, accroupi dans le creux étroit et sombre d'une petite colonne mortuaire, uii fakir tout nu qui passe là sa vie, immobile, perdu pour tout le monde, le visage immuablement tourné vers l'intérieur de sa prison. J'avoue que je suis resté confondu ; il y a peut-être dans cet homme un immense mérite religieux; quel malheur que sa foi ne le pousse pas plutôt à se dévouer pour ses semblables, à travailler au progrès de l'humanité!

Le bazar de Bombay, très -intéressant, sans doute, pour les personnes qui viennent d'Europe directement, perd un peu de son originalité pour celles qui ont vu le Caire ou Tunis. On ne voit pas ici les costumes bariolés, les couleurs vives et bril-

lantes, on n'est pas assourdi en même temps par les cris de l'Orient proprement dit; on n'a pas enfin à se frayer difficilement son chemin au travers d'étroites ruelles : la ville native de Bombay, quelque populeuse qu'elle soit avec son million d'habitants, paraît plus calme. Ses rues sont larges et bien aérées, ses boutiques sont vastes, ses marchands sont doux et tranquilles, et ses costumes, à l'exception du turban, sont tous faits du môme calicot blanc et ne se distinguent à première vue que par le plus ou le moins, depuis les classes aisées, qui en ont de la tête aux pieds, jusqu'aux parias qui se contentent d'une ficelle et d'un chiffon.

Les femmes seules varient les couleurs de leurs vêtements. Ils se composent d'une étroite camisole destinée à soutenir les seins, et d'une longue pièce d'étofi'e enroulée et croisée plusieurs fois autour des hanches, de façon à former une espèce de caleçon collant de l'effet le plus comique; le dernier bout de cette pièce d'étoffe est ramené jusque sur la tête en guise d'écharpe. — De cette façon on voit en elles, à l'état de nature, leurs jambes généralement grêles, leurs pieds ornés de lourds bracelets d'argent, leur taille admirablement formée, leurs beaux cheveux noirs et leur vilaine figure, rendue plus laide encore par les

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