CHAPITRE V
anneaux d'or et de perles suspendus à leurs narines.
Vix a tenu à me faire voir non -seulement la ville même de Bombay, mais aussi ses environs, et nous avons vu successivement Mahim, Éléphanta et Matharan. Mahim est, sur le bord de la mer, une forêt de cocotiers abritant çà et là quelque hutte indigène, et offrant le coup d'œil le plus oriental qui se puisse désirer. J'ai été moins content des grottes d'Éléphanta, dont j'attendais beaucoup et qui restent bien en arrière des monuments égyptiens. Le temple d'Éléphanta est certainement curieux en ce sens qu'il a été creusé entièrement dans le roc solide, travail gigantesque, surtout avec les moyens restreints dont on devait disposer alors, mais deux choses nuisent considérablement à l'intérêt qu'il inspire : c'est d'abord l'ignorance complète où l'on est sur l'époque de sa construction, que cependant on croit être relativement récente; c'est ensuite la complication de cette religion hindoue qui, partie de l'idée trèssimple et très-belle d'un Dieu unique sous forme d'une Trinité, composée de Brahma le créateur, Vishnou le conservateur et Shiva le destructeur, s'est surchargée ensuite d'un nombre considérable de divinités secondaires et se perd aujourd'hui, dans la pratique, au milieu des idoles de toutes
sortes et des superstitions les plus excentriques. Ce que j'y vois de plus clair, c'est que les prêtres, les brahmanes, savent aux Indes, aussi bien que n'importe où, vivre de Fautel et que malheureusement ce n'est pas seulement en argent qu'ils se font payer.
Matharan est une belle montagne située sur le continent, au milieu de la chaîne des Ghauts. On y respire un air délicieux, à la hauteur de 2,500 pieds, et les beaux points de vue que Ton y découvre, aussi bien que ses sentiers ombragés, en font Texcursion la plus agréable des environs de Bombay. Nous y sommes arrivés le soir, et je conserverai parmi mes meilleurs souvenirs celui de notre montée à cheval, par un de ces clairs de lune qui, au travers des arbres, produisent des effets si tranchés d'ombre épaisse et de lumière brillante. Au milieu du silence de la nuit et sous l'influence des senteurs pénétrantes du jasmin et de Toranger, mes sens étaient aux Irfdes, mon esprit et mon cœur en Europe, aux souvenirs du passé, aux espérances de l'avenir : je me sentais vivre !
10 janvier.
Je me suis occupé d'affaires ces derniers jours; j'ai vu le « cotton-green » où se reçoit et se vend