‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 47 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

en plein air le million de balles de coton que Bombay exporte maintenant chaque année; j'ai visité les presses où on remballe, j'ai été présenté aux principaux négociants et banquiers, aussi bien natifs qu'européens; j'ai eu l'honneur méine d'être reçu par la Chambre de commerce : partout j'ai pu me convaincre des magnifiques ressources qu'olTre Bombay au génie commercial de toutes les nations. Mais ce qu'il faut ici, ce ne sont pas des gens dont on n'aurait su que faire autre part ou des aventuriers sans position et sans argent; ce qu'il faut, ce sont des négociants capables et intelligents, disposant de bons capitaux ou d'un grand crédit, décidés à fonder des maisons sérieuses, honorables et durables ; ceux-là sont sûrs de trouver une place pour eux à Bombay!

Et ce n'est pas seulement son présent, ce sont aussi bien son avenir et son passé qu'il est intéressant d'étudier. Son avenir est splendide maintenant que de grandes lignes de chemins de fer, presque terminées aujourd'hui, vont rayonner de Bombay sur toutes les provinces de l'Inde : dans le Deccan jusqu'à Madras, dans les provinces centrales jusqu'à Nagpore et Jubbulpore, dans le nord jusqu'à Agra, Delhi, et plus tard Lahore, dans le Bengale jusqu'à Calcutta. Quel champ alors pour l'échange de plus en plus facile, et par suite de

plus en plus considérable des produits de Tindustrie européenne contre les riches récoltes de rinde !

Son passé n'est pas moins remarquable, car il vient d'ofFrir au monde, il y a quelques années à peine, le ressouvenir du temps de Law et de ses folles spéculations financières. Jusqu'en 1861, en effet, Bombay n'exportait annuellement que 3 ou 400,000 balles de coton, d'une valeur totale de quelque chose comme 60 millions de francs, lorsque la guerre américaine vint priver subitement TEurope des 4 millions de balles que les États du Sud avaient l'habitude de nous fournir et qui formaient la presque totalité de notre approvisionnement. Une hausse colossale se déclara aussitôt sur les prix : le coton, que l'on payait jusque-là 80 ou 100 roupies, s'éleva jusqu'à 700 roupies, et comme ces prix inespérés stimulaient la culture, Bombay se trouva bientôt exporter annuellement un million de balles d'une valeur totale de 800 millions de francs. Une fortune aussi subite ne pouvait manquer de tourner la tête à bien des gens ; les entreprises les plus folles trouvèrent bientôt les actionnaires les plus enthousiastes; cinquante nouvelles banques et sociétés financières virent leurs actions monter à des primes fabuleuses avant même qu'elles n'eussent ouvert leurs bureaux, et, pour ne

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