CHAPITRE V
citer qu'un seul exemple, on vit la Compagnie de Back-Bay, fondée dans le but de combler un bras de mer, vendre ses actions à douze fois leur valeur nominale. L'argent n'avait plus de valeur; on rencontrait des natifs, comme M. Boychund-Premchund, que l'on s'accordait à regarder comme cent fois millionnaires; on admirait un médecin européen qui, en donnant des consultations à quelques-uns des gros financiers, avait su se faire une douzaine de millions.
Mais ces fortunes étaient bâties sur le sable, et l'exagération même de la hausse devait silrement amener plus tard la baisse et la crise ; il ne fallait qu'une occasion pour cela, et la paix en Amérique donna le signal. Tout croula : les actions perdirent non-seulement leur prime, mais comme on avait gaspillé les fonds, elles perdirent encore toute valeur; les Back-Bay, vendues un instant à 60,000 roupies l'une, ne trouvent pas d'acheteurs aujourd'hui à 150 roupies. M. Boychund-Premchund fit faillite pour 150 millions, et il n'a donné encore aucun dividende quelconque à ses créanciers; le médecin anglais, plus magnanime, abandonna tout son actif : une boîte de médecine et un parapluie!
Au milieu de tout cela, le sens moral ne pouvait malheureusement que souffrir; bien des scandales ont eu lieu et leur liquidation pèse encore lourde-
ment, mais la belle position commerciale de Bombay et les quelques maisons honorables qui ne s'étaient pas laissé entraîner ont déjà repris le dessus et assurent son avenir.
12 janvier.
Je tenais à visiter la tombe de Victor Jacquemont et je ne trouvais, à mon grand regret, personne qui sût m'en indiquer la place; on est venu me dire aujourd'hui qu'elle devait se trouver quelque part dans le cimetière de Girgaum ; j'ai entraîné deux de mes amis français et noi|s nous sommes mis en quête. Nous avons été assez heureux pour trouver, après avoir lu plus de deux cents inscriptions, une pierre bien modeste où, sous la poussière et la vétusté, nous avons pu déchiffrer le nom de Jacquemont et la date du 7 décembre 1832. Tous ceux, et le nombre en est grand, je le crois, qui ont lu la correspondance si facile et si intéressante du jeune et infortuné voyageur comprendront que nous ayons eu tous trois la même idée, celle de faire nettoyer cette pierre, en attendant que la bonne pensée vienne un jour au gouvernement français de la remplacer par quelque monument durable.
J'ai fait, hier soir, une promenade bien curieuse