‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 6 sur 168 · CHAPITRE I. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. U

Aujourd'hui nous avons consacré notre temps aux mosquées et tout d'abord à Sainte-Sophie, où, selon Tusage, nous sommes entrés les uns nupieds, les autres chaussés de sandales. L'extérieur de Sainte-Sophie n'a rien d'attrayant ; au contraire, les énormes contre-forts que l'on a été obligé d'ajouter successivement pour soutenir sa vaste coupole en ont rendu les abords très-disgracieux; mais l'émotion que Ton éprouve au moment où l'on pénètre dans cette immense basilique ne saurait se rendre par des mots, c'est un élan spontané et irrésistible vers Dieu, et l'on a peine à ne pas s'agenouiller au milieu des musulmans, qui de toutes parts se prosternent jusqu'à terre. Lorsque du haut d'un des portiques intérieurs on voit, audessus de soi et bien haut encore, la coupole trèsplate malgré son diamètre considérable, lorsqu'à ses pieds et bien bas on suit de l'œil les pratiques religieuses si humbles et si ferventes des disciples de Mahomet, frappant leur front contre les nattes jaunes qui recouvrent le sol de toutes les mosquées et leur donnent un aspect si particulier, lorsqu'enfin la pensée s'égare et que l'âme se recueille dans les profondeurs de ce temple immense on est tenté de crier Hosanna! Hosanna! et Ton comprend l'exclamation de Justinien inaugurant Sainte-Sophie en 548 et s'écriant :

i2 SEIZE MOIS AUTOUR DU MONDE.

« Gloire à Dieu qui m'a jugé digne d'accomplir oet ouvrage; je t'ai vaincu, Saiomon! » Puis on se représente ce que devait être ie temple au moment où Mahomet le Conquérant, pénétrant à cheval dans l'église où s'étaient réfugiés les prêtres, les femmes et les enfants, s'écria : « Il n'y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète », et donna ainsi le signal d'un horrible carnage.

Après Sainte-Sophie nous avons visité les mosquées d'Achmet et de Soliman le Magnifique, qui toutes deux sont fort belles, mais plus modernes et beaucoup moins remarquables, et nous avons terminé notre journée en parcourant un peu rapidement les antiquités de l'Hippodrome et la citerne aux mille et une colonnes.

8 octobre.

J'ai passé aujourd'hui la plus belle de mes journées de Gonstantinople et l'une de celles qui laisseront les plus beaux souvenirs dans ma vie.

J'étais allé dîner hier au soir et passer la nuit chez un banquier anglais qui demeure à Kandili, et ce matin de bonne heure j'assistais au lever du soleil, assis sur les gradins de marbre d'un vieux palais abandonné par les sultans. Je dominais le Bosphore, d'un côté jusqu'à Gonstantinople et de

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