CHAPITRE VI
Ce campement et le paysage monotone et desséché qui nous entoure me reportent à mes souvenirs de la Terre-Sainte ; je ne regrette qu'une chose, c'est qu'au lieu de l'indépendance que j'avais là-bas, je me trouve ici l'esclave de l'étiquette anglaise ; ne viens-je pas d'apercevoir mon hôte mettre l'habit à queue et la cravate blanche sans lesquels un Anglais ne saurait dîner î Un habit à Akola !
18 janvier.
Je viens de serrer la main à M. Rivett-Camac et de lui dire au revoir. Au revoir!... où et quand? telle est la question que je dois me poser si souvent, quand dans mes voyages je fais quelque connaissance sympathique. Que de fois cette pensée ne m'a-t-elle pas heurté contre les mystères insondables de la Providence, mais pour me faire arriver heureusement toujours au même résultat, à une confiance entière dans la bonté de Dieul
Nous avons passé deux jours, tantôt à visiter, dans un de ces chars à bœufs si répandus dans rinde, les marchés de coton des environs, pour voir les premiers débuts de petits villages qui dans quelques années seront peut-être de grandes
iOO SEIZE MOIS AUTOUR DU MONDE.
places d'affaires, tantôt à chevaucher au milieu même des champs où mon hôte enthousiaste voulait me donner sur place tous les détails de la culture. Nous sommes entrés dans les huttes des natifs pour voir nettoyer, filer tisser, et même imprimer le coton, car, chose assez intéressante, la concurrence de Manchester n'a pas réussi encore à supplanter entièrement le travail manuel. Certains natifs, de ceux que Ton appellerait chez nous de la vieille école, préfèrent payer un peu plus cher de bonnes étoffes faites à la main, plutôt que d'acheter à meilleur marché les produits peu durables que l'Angleterre fabrique spécialement pour l'exportation.
Le Bérar n'appartient pas à proprement parler aux Anglais; son territoire ne leur est que loué par le Nizam, et cela depuis quelques années seulement, en payement d'un corps d'armée que le gouvernement entretient à Hyderabad pour la protection du prince. C'est ainsi que procédait presque toujours la Compagnie des Indes avant d'en arriver à une annexion définitive. On commençait par prêter au rajah des troupes anglaises pour le soutenir dans ses guerres contre ses voisins, puis on lui persuadait que sa sécurité exigeait leur séjour auprès de lui, et lorsque l'occasion favorable se présentait, on prenait prétexte des arriérés de solde