CHAPITRE VI
faste. La décadence falale qu'ont toujours amenée la mollesse et le despotisme de TOrient montra ses premiers germes dès Aurung-Zeib, et bientôt la terrible incursion du conquérant persan Nadir- Shah, qui, en 1739, saccagea Delhi et en emporta, dit-on, un butin de plusieurs milliards de francs; puis, plus tard, les soulèvements des peuplades natives, et particulièrement des Mahrattes, amenèrent le démembrement successif de cet empire, aussi éphémère qu'il avait été brillant.
Les colonies européennes dans l'Inde n'avaient eu jusqu'alors qu'une importance toute secondaire, restreinte à quelques points de la côte. Il était réservé à un Français d'entrevoir le premier la place admirable que nous pouvions prendre dans cette riche contrée : Dupleix sut, vers le milieu du XVIII® siècle et avec le seul secours de son génie, devenir le maître de tout le Deccan et mettre ainsi entre les mains de la France l'empire des Indes. Il nous échappa par TindilTérence de Louis XV, et bientôt les Anglais, prenant à leur tour le rôle que nous négligions d'une façon si malheureuse, jetèrent, sous Clive et plus tard sous Warren Hastings, les fondements de leur puissance prodigieuse dans l'Orient.
Aujourd'hui, si quelques rajahs, tels que le Nizam, portent encore le vain titre de roi, on
peut dire néanmoins qu'en fait l'Angleterre est souveraine maîtresse des 3 ou 4 millions de kilomètres carrés et des 200 millions d'habitants qui forment la colonie la plus prodigieuse qui se puisse rêver. Et cette colonie est administrée de telle façon que tout observateur impartial ne peut manquer de devenir bientôt enthou^aste.
Routes, canaux, chemins de fer, instruction, égalité et justice, les Anglais prodiguent tous ces bienfaits à ces races natives habituées jusqu'alors au despotisme et aux exactions de leurs rajahs. Chose curieuse, l'esprit de propagande religieuse, si vivace d'ordinaire, de la race anglo-saxonne a su céder le pas ici aux exigences pratiques, et ce n'est que sur le bien-être, l'instruction et le développement de la civilisation que se base leur politique, dont les résultats ont été tels, ces dernières années, que nous ne saurions en Europe nous en faire une idée complète.
L'économie politique et l'expérience nous enseignent que la tâche la plus ardue pour l'homme consiste dans la création de ses premiers moyens d'action, dans ce que, dans le langage scientifique, on appelle ses capitaux. Ce premier levier une fois à sa disposition, on voit sa puissance augmenter au point que Ton a pu dire que les capitaux se reproduisaient par leur propre force. Eh bien!