CHAPITRE VI. m
rinde anglaise est sortie ces dernières années de sa période d'incubation, elle porte aujourd'hui ses fruits et promet surtout des récoltes de plus en plus exubérantes.
25 janvier.
Je suis arrivé hier à Delhi après avoir traversé une bonne portion de cette vallée du Gange, si proprement cultivée, si joliment parsemée de bouquets d'arbres, que par moments je me serais cru en Touraine. Delhi est le centre des populations musulmanes de l'Inde et j'ai retrouvé ici mes impressions du Caire et de Damas ; je ne suis plus au milieu des Hindous à demi nus, et qui, dans leur piètre costume, ne connaissent que le calicot blanc, je revois les étoffes brillantes, la gaieté et l'animation des couleurs qui semblent l'apanage de l'islamisme. Je ne vois plus seulement de frêles natifs, à la figure soigneusement rasée, à la peau dûment enduite d'huile- de coco, j'éprouve un véritable plaisir à contempler ces barbes incultes, ces figures expressives des sectateurs de Mahomet. Et, au milieu d'eux, je ne me trompe certainement pas en distinguant nombre de juifs I D'où viennent-ils donc ? Ne seraient-ils pas les descendants de ces tribus qui, lors de la
dispersion d'Israël et de la captivité de Babylone, se dirigèrent vers Test et dont l'histoire a perdu la trace?
Peu de villes ont éprouvé autant de vicissitudes que cette malheureuse Delhi, saccagée sans cesse, rebâtie toujours. Nulle part surtout on ne peut s'en rendre mieux compte par Tétat des ruines environnantes; chaque invasion exerçait, en eflfet, des ravages tels, que les habitants, au lieu de relever leurs maisons, n'avaient d'autre ressource . que de les rebâtir un peu plus loin. C'était, au milieu de bien d*autres, tantôt Tamerlan, qui égorgeait 100,000 captifs sous les murs de la cfifpitale, tantôt Nadir- Shah qui la livrait au pillage pendant trois jours entiers, si bien que du ^ haut du minaret où je suis monté aujourd'hui je
n'ai pu voir que des ruines aussi loin que pouvaient s'étendre mes regards.
J'ai remis à demain ma visite à ces ruines et j'ai consacré mon temps d'aujourd'hui à la ville actuelle et aux monuments relativement modernes de la dynastie du Grand-Mogol. J'ai vu d'abord la Jumma-Musjid, immense et belle mosquée en grès rouge, bâtie au milieu du xvu^ siècle par Shahjehan. C'est une vaste cour fort élevée au-dessus du sol, entourée de colonnades et relevée, dans l'orientation de la Mecque, par trois grandes cou-