CHAPITRE VI
pôles. De larges escaliers, couronnés de beaux portiques, y donnent accès, et je me souviendrai toujours de l'aspect oriental que présentait, à mon arrivée, la foule bigarrée qui montait les gradins.
Le fort de Delhi fait très-bel effet ^ussi avec ses hautes murailles de grès rouge, gracieusement crénelées dans le style mauresque. C'est ici que se trouvait le palais des Mogols. Il ne consistait pas en un grand bâtiment plus ou moins massif, c'était, au contraire, une série de petits pavillons qui, de loin, n'ont aucune apparence et qu'on ne comprend qu'au moment où'On y entre. Imaginez des 'colonnades de marbre blanc, sur plusieurs rangées de profondeur, où l'air et la lumière pénètrent librement et viennent éclairer de déli- <^ cieuses incrustations de pierres fines; voyez ce ruisseau d'eau courante qui, dans son canal de marbre, traversait toutes les pièces, depuis la salle de bains jusqu'au harem; représentez-vous tout cela égayé par les riches costumes des courtisans empressés ou par les chants et les rires des houris, et vous comprendrez qu'assis sur un trône de cristal de roche d'un seul morceau, le Grand- Mogol se complût à lire l'inscription enchâssée aux quatre coins de la salle du trône : « S'il est un paradis sur terre, c'est ici, c'est ici ! »
Ma journée s'est terminée, comme de juste, par l'achat de toutes sortes de produits du pays et tout particulièrement d'étoflfes de Cachemire, dont Delhi est un des plus grands entrepôts. Nous nous sommes longtemps disputés, le marchand et moi, mais je le soupçonne d'avoir eu l'avantage, car le plus clair de la chose a été qu'en fin de compte mon porte-monnaie s'est vidé pour remplir le sien.
26 janvier.
Nous avons visité aujourd'hui les environs et tout particulièrement le Kootub; c'est là que se trouvait la ville du xiii® siècle, et ce qu'il en reste est des plus curieux. C'est avant tout un immense minaret, prodigieux dans son genre puisqu'il a 230 pieds de hauteur sur /|5 pieds seulement de circonférence à sa base ; son architecture, moitié hindoue et moitié mauresque, est fort intéressante. C'est ensuite une mosquée bizarre que l'on n'est parvenu à s'expliquer qu'au moment où l'on a deviné que ses colonnades remarquables provenaient des vieux temples hindous tombés sous le fanatisme musulman. Tout cela emprunte un charme de plus à la végétation qui l'enserre; rien n'est joli, par exemple, comme de voir au tra-