‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 7 sur 168 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

l'autre jusqu'à Seni-Keui et jusqu'au golfe de Bey- Koz. Quelle vie sur ce Bosphore couvert de voiles, entouré de villas et de palais! quelle harmonie de couleurs entre ces eaux bleues, ces maisons dorées par le soleil levant, cette atmosphères! pure, si lumineuse I

Puis j'ai pris le bateau à vapeur pour aller à Thérapia, et j'ai passé une heure d'extase au haut de l'esplanade du palais d'été de l'ambassade de France ; c'est une plate-forme ombragée par des arbres centenaires et d'où la vue plane sur toute la baîe de Buyuk-Déré jusqu'à la mer Noire.

Il est de ces jours où la magnificence de la nature et le bonheur de vivre vous transportent et vous enivrent; on se sent si léger que Ton touche à peine terre et l'on ne connaît plus ni fatigue ni obstacle. C'est ainsi que j'ai trouvé le temps de galoper encore pendant plusieurs heures dans la forêt de Belgrade si pittoresque, si bien dans le goût du pays, et je ne suis rentré chez moi qu'à dix heures du soir, par un plein clair de lune et en traversant tout le Bosphore en petit caïque I

9 octobre.

Je quitte. Conslantinople après avoir été faire une dernière promenade dans les jardins du Se-

rail, ce promontoire féerique qui, terminant la ville de Stamboul, s'avance gracieusement dans la mer et formerait un éden s'il était confié à toute autre chose qu'à l'incurie des Turcs. L'impression qui se présente du reste le plus souvent à l'esprit, c'est le regret de voir ce beau pays habité par une nation pareille, et sur huit jours que Ton passe en Turquie, il faut, si j'ai u^conseil à donner aux touristes, n'en distraire qu'un seul pour Gonstantinople et Sainte-Sophie, et consacrer entièrement les sept autres à cette merveille qu'on appelle le Bosphore!

11 octobre.

3e suis sur l'Acropole. Adossé à l'une des colonnes doriques du Parthénon, je promène mes regards sur les rochers arides que couvrait l'antique Athènes et je me recueille. Devant moi j'ai le port de Phalère et le détroit de Salamine; à mes pieds sont l'Aréopage, le Pnyx et la tribune de Démosthènes; derrière moi l'Hy mette, le Pentélique et la ville moderne cachée à mes regards par l'Érechtéion, et cela fort heureusement, car j'ai besoin pour le moment de solitude et de dévastation. Que de souvenirs, que de grandeurs, que de progrès, de triomphes et de revers dans ce petit

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