‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 63 sur 168 · CHAPITRE VII. ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. ii

du Grand-Mogol a disparu, si son souvenir nous laisse même relativement froids, je défie bien quelqu'un de se placer en face du Taj sans en revenir meilleur, plus digne, plus désireux de faire le bien !

29 janvier.

J'ai VU, ce matin, TEtimad-Dowla et la tombe d'Akbarà Secundra. Le célèbre fondateur de l'empire du Grand-xMogol est enterré sous une immense construction de cinq étages ou plutôt de cinq plateformes superposées, dont la grandeur est fort renommée, me dit-on, mais qui, je l'avoue, ne m'a pas produit beaucoup d'effet; j'avais le cœur trop plein encore de mes impressions du Taj.

Cet après-midi, je suis allé au fort; c'est, comme à Delhi, une colline entourée de murailles de grès rouges, hautes de 60 pieds et surmontées d'une crénelure mauresque. J'ai revu là, mais plus en grand, plus beau et mieux conservé, le palais mogol que j'ai déjà eu l'occasion de décrire à Delhi, et certes on ne saurait imaginer d'habitation plus orientale, plus propre à plonger dans les béatiJUides de la vie contemplative. Ici, c'était la salle du trône, triple ou quadruple colonnade de marbre, ouverte d'un côté sur un jardin et de

l'autre sur la Jumma et la verte campagne des alentours ; à droite, c'étaient les appartements de Tempereur, à gauche ceux de ses femmes et leur salle de bain, dont les parois, incrustées de mille et mille petits miroirs, reflétaient à l'infini le scintillement de l'eau courante; plus loin, enfin, entourée d'écrans de marbre, se trouvait la cour, pavée en forme de damier colossal , où la tradition rapporte que le Grand-Mogol jouait aux échecs en remplaçant les dés par ses jeunes esclaves.

Je verrai toujours devant mes yeux le tableau que présentait, au travers d'une galerie de marbre blanc, le soleil couchant colorant d'un rouge vif l'horizon, la Jumma et le Taj !

30 janvier.

Je suis parti de grand matin pour aller visiter, à une vingtaine de milles de distance, les ïuines de Futtehpore-Sikri ; c'était le Versailles du grand Akbar, et il semble qu'on y respire le même air de grandeur et de vanité. Futtehpore-Sikri est admirablement situé sur une colline qui domine toute Une plaine d'arbres et de verdure, et, si j'en juge par mon expérience d'aujourd'hui, une brise délicieuse doit y régner constamment. Je n'entreprendrai point de décrire ici la succession des palais,

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