‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 64 sur 168 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

des portiques et des mosquées qu'on y voit; je dirai seulement que tout cela est bâti de ce beau grès rouge si bien adapté au ciel des Indes, et qu'un seul monument y fait exception, pour n'en ressortir que davantage : c'est le tombeau du cheik Sélim-Chisti, dont les parois de marbre blanc, travaillé à jour comme une véritable dentelle, mériteraient d'être célèbres dans le monde entier.

' Akbar était très-tolérant ; il avait reçu à sa cour, comme un ami, ce cheik Sélim révéré par les Hindous, et, pour ce qui regarde les chrétiens, il ne s'était pas contenté d'épouser la belle Portugaise, mais encore il s'entretenait volontiers avec les missionnaires. Il leur accorda plusieurs privilèges, et, entre autres, l'établissement d'un couvent et d'une école qui existent encore et que j'ai visités hier. Il était libre penseur, aimait à discuter les questions de philosophie et de religion, et s'était fait construire pour salle de conversation l'édiiice le plus original qui se puisse concevoir. Représentez-vous u,n bâtiment carré, très-élevé et entièrement vide; l'intérieur forme une seule pièce, au centre de laquelle s'élève, jusqu'à une hauteur de 3 ou 4 mètres, une colonne surmontée d'un large chapiteau; c'est là-haut qu'Akbar avait coutume de s'asseoir sur quelque chose sans doute comme un fauteuil tournant, car ses interlocuteurs

se tenaient aux quatre coins de la salle sur des sellettes fixées contre le mur à la même élévation que le trône central. Ce n'est pas mal trouvé pour un original.

Futtehpore-Sikri, le fort et surtout le Taj font d'Agra le joyau des villes orientales, et c'est à elle que le touriste fera bien de consacrer toujours le plus clair de ses loisirs, d'autant plus que si, pour ne pas me répéter trop souvent, je n'ai pas parlé des rues de la ville moderne, elles n'en sont pas moins parmi les plus intéressantes qui se puissent voir.

31 janvier.

Je devais partir hier soir, mes paquets étaient faits, la voiture m'attendait à la porte; j'ai tout contremandé au dernier moment, l'idée de ne plus revoir le Taj me rendait le cœur trop gros. Aussi lui ai-je consacré aujourd'hui toute ma journée, et c'est du haut d'un des portiques qui donnent accès dans son jardin que j'écris ces quelques dernières lignes d'adieu, de souvenir et d'enthousiasme. La place où je suis est très-élevée, elle domine les grands arbres dont les cimes semblent former un océan de verdure, du sein duquel s'élancent, en face de moi, les blanches coupoles

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