‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 65 sur 168 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et les hardis minarets de cette tombe enchanteresse. Çà et là une échappée me permet de voiries parterres de fleurs éclatantes, ou quelque groupe de musulmans dont les costumes resplendissent au soleil; plus loin, ce sont les eaux sacrées de la Jumma ; partout c'est cet air transparent, diaphane, cette lumière pénétrante que je n'ai encore vus qu'aux Indes. Mon Dieu! que c'est beau, que c'est beau, et que je voudrais être poète poui pouvoir chanter ce rêve réalisé !

Je suis particulièrement favorisé aujourd'hui, car c'est jour de fête pour le Taj; Je rhamadan, le mois déjeune des musulmans, vient de unir, et ce peuple a tellement l'instinct du beau, que c'est naturellement au Taj qu'il accourt pour se réjouir. Chacun a mis ses habits les plus riches ; le jaune, le rouge, l'orange, les couleurs les plus vives en font les frais avec les étoffes précieuses de Cachemire. Ici, entouré de quatre ou cinq gardes du corps , qui tous ont le sabre au poing, c'est un rajah qui, pour se donner plus d'importance encore, frappe le pave'' de sa lourde canne à pomme d'or-, là, c'est un groupe de femmes joyeuses qui se sont parées de leurs plus beaux atours et qui sont couvertes de bijoux, depuis leurs pieds nus jusqu'à l'anneau inévitable qui pend à leurs narines et les défigure malheureusement ; et, au milieu de tout ce luxe et

de cette gaieté, paraissent de temps en temps, comme pour faire contraste, les haillons et la figure couverte de cendres de quelque fakir illuminé qui hurle à tue-tête ou se livre aux contorsions les plus frénétiques.

Et sur la place qui précède le grand portique d'entrée le spectacle est peut-être plus animé encore; là sont mille chariots de toutes formes, attelés de ces bœufs blancs si bien adaptés au cachet des Indes, et rien ne saurait décrire le pêlemêle pittoresque qui se forme dans cette cohue lorsqu'elle cherche à faire place au cortège de musiciens et de gardes d'un rajah.

Agra I Agra ! faut-il donc te dire adieu, et sans doute pour toujours!

2 février.

Un seul jour suffit parfaitement pour voir Bénarès. On trouve à l'hôtel un guide très-intelligent qui vous raconte de la meilleure grâce qu'en hiver il gagne beaucoup d'argent en montrant la ville aux étrangers, et qu'en été, lorsque les affaires ne vont pas, il en est réduit à donner des leçons d'hindoustani aux employés du gouvernement. Il en est donc chez les natifs comme chez nous, le marchand fait fortune, le savant meurt de faim I

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