‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 66 sur 168 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Bénarès, me dit mon guide, est pour les Hindous ce qu'est Jérusalem pour les chrétiens ou Rome pour les catholiques. L'Hindou qui se baigne dans les eaux sacrées du Gange, sur les rives particulièrement bénies de Bénarès, est presque certain d'aller, après sa mort, contempler dans le ciel les 33 millions de dieux qui forment en quelque sorte la cour de Brahma,de Vishnouet de Shiva. Aussi la ville sainte est-elle non-seulement très-populeuse, mais encore voit-elle chaque jour des milliers de pèlerins venir se purifier dans ses eaux bienheureuses. ,

Nous avons pris un bateau et nous nous sommes laissés aller lentement le long de la triple ou quadruple rangée de fidèles qui, pêle-mêle, hommes, femmes et enfants, se baignaient et faisaient leurs prières. J'ai remarqué beaucoup de dévotion, force simagrées ressemblant étonnamment à des signes de croix, et enfin le chapelet qui, de même que chez nous, semblait servir à compter le nombre des Ave I Plusieurs fervents eflfeuillaient des fleurs ; d'autres, plus pratiques, profitaient de l'occasion pour laver leur linge ; çà et là enfin, et strictement au milieu de la foule, on voyait quelque fils plonger une dernière' fois le cadavre de son père, avant de le placer sur le bûcher qui flambait à côté. Imaginerait-on jamais spectacle plus étrange !

La rive sur laquelle est bâtie la ville est couverte de gradins qui facilitent aux fidèles l'accès du fleuve; de distance en distance de petites plateformes, abritées par de larges parasols, servent d'enseigne aux prêtres brahmines ; plus haut enfin est le pêle-mêle des temples et surtout des palais que les riches Hindous se croient en devoir de posséder dans leur capitale religieuse.

En quittant la rivière, nous avons traversé un dédale de petites rues, à peine larges d'un à deux mètres, et nous avons visité les principaux temples. Je n'ai retenu qu'un seul nom^ celui du temple doré de Vishvesher, et, du reste, ils se ressemblent tous. C'est une pagode couverte extérieurement de mille sculptures, et dans l'intérieur de laquelle on voit la foule couvrir de. fleurs d'affreuses idoles et les arroser d'eau sainte. Il faut presque du courage pour y pénétrer, tant est grand le dégoût qu'inspire leur malpropreté, et tellement est pénible l'impression que l'on éprouve en face d'une pareille idolâtrie.

9 février.

J'ai passé les huit derniers jours à Calcutta et je m'embarque maintenant pour Madras et Galle.

Je n'ai guère visité les monuments de la ville que

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