‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 67 sur 168 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

les Anglais surnomment la Cité des palais; leur style britannique ne m'a pas attiré du tout, et j*ai préféré employer, tout mon temps à causer avec les négociants et avec quelques-uns des membres du gouvernement.

Plus je vais et plus je suis enthousiaste des progrès qui se font aux Indes ; je ne voudrais cependant pas que Ton me crût partial ou aveugle, car je vois très-bien en même temps les points faibles de la domination anglaise et les mauvais côtés de cette grande colonie. Le revers de la médaille pour rinde se trouve surtout dans son climat peu fait pour les Européens et qui, jusqu'ici, a empêché d'y former une race anglo-saxonne propre, comme cela a eu lieu en Amérique et comme cela se fait actuellement en Australie; ensuite dans le mépris que les Anglais affectent pour la population native, à laquelle ils ne se mêlent pas assez. L'immense majorité, je dirais presque l'unanimité d'entre eux, ne songent qu'au moment où ils auront gagné assez d'argent pour pouvoir rentrer dans la mère patrie, et cela fait que pour contenir 200 million^ de natifs, ils ne se trouvent en tout et pour tout que 150,000, y compris l'armée!

18 février.

Nous sommes arrivés à Madras hier matin après la plus calme et la plus belle des traversées. Madras n'a littéralement pas de port, et les navires sont obligés d'ancrer à une certaine distance de sa côte basse et plate, exposée à tous les vents. Le débarquement offre toutes sortes de péripéties par suite des lames qui, toujours, quel que soit du reste l'état de la mer, viennent se briser sur le sable et former de grandes nappes d'écume. Les secousses d'un pareil atterrage auraient bientôt mis en pièces des bateaux ordinaires, aussi ne se serton pas de simples embarcations clouées ou chevillées, mais bien de barques cousues et élastiques. On se confie à une vingtaine de natifs, plus noirs ici et moins habillés encore que dans toutes les autres présidences, et au milieu de leurs hurlements on se trouve bientôt jeté sur la côte. Pondichéry est dans le même cas que sa voisine anglaise, et Ton s'étonnerait à bon droit du choix de ces deux points, si Ton ne se rappelait qu'à l'époque de leur fondation les Européens ne commandaient pas encore en maîtres aux Indes, et qu'ils étaient trop heureux de s'établir là où on le leur permettait.

Je n'ai eu que vingt-quatre heures pour me

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