CHAPITRE VIL 12t
rendre compte de la ville, mais lorsque tout marche convenablement, on est quelquefois étonné . de la besogne que Ton peut faire en un seut jour. J*ai passé la majeure partie de mon temps à causer avec les négociants, ce qui est, dans un pays camme les Indes, et avec des gens aussi pratiques que les Anglais, la meilleure manière de se renseigner.
Bien que la ville soit des plus populeuses avec ses 700,000 habitants natifs et bien qu'elle compte environ 4,000 Européens, chiffre relativement considérable, on est beaucoup plus calme ici qu'à Bombay et à Calcutta. Madras ne se trouve pas, comme ces deux villes, concentrer tout le mouvement de sa présidence ; elle n'a pas comme Bombay le plus beau pprt de toute la côte; elle n'est pas comme Calcutta le débouché d'une riche vallée; ici la capitale n'est pas tout, elle ne fait que partager avec quantité de petits ports qui s'étendent tout le long des deux côtes de Coromandel et de Malabar. A Bombay et à Calcutta une préoccupation domine toutes les autres : on se dépêche de gagner beaucoup d'argent pour rentrer en Angleterre ; ici, il me semble qu'il y a quelque chose de plus créole ; on cherche bien à faire fortune, mais on tient aussi à une vie facile; on va très-tard à son bureau, on en sort de bonne heure; on veut avant
le dîner du soir avoir le temps de faire paraître son équipage sur l'espèce de Longchamps où chaque soir la musique sert de rendez vous au beau monde; puis il faut encore passer au club, car le club de Madras est renommé dans tout rOrient; enfin il faut accorder aussi une grande^ demi-heure pour arriver chez soi, parce qu'ici chaque maison est entourée d'un parc tellement étendu que la ville européenne se trouve avoir six ou sept milles de largeur. Ces habitations sont charmantes, on le devine; tout y est combiné pour arriver au plus grand des comforts, et si j*ai eu à me plaindre de quelque chose chez M. Arbulhnot, c'est que Ton ait trop fait pour moi; ainsi j'aurais autant aimé ne pas avoir toute la nuit un malheureux natif à mon chevet pour m'éventer.
J'aurais été bien content de pouvoir consacrer quelques jours à une tournée dans Tintérieur de la présidence de Madras, mais il faut savoir renoncer à quelque chose, sans quoi on n'en finirait pas. J'aurais surtout désiré voir quelques-uns de ses vieux temples hindous, mais, dois-je l'avouer, je suis presque content de n'avoir pas le temps d'aller jusqu'à Pondichéry, le cœur me saignerait d'avoir à toucher du doigt la nullité de notre colonie.