CHAPITRE VII. t3ï
17 février.
Notre steamer a jeté Tancre à Galle hier dimanche. Je me réjouissais de recevoir mes lettres, mais j'avais compté sans la rigidité anglaise qui, eh dépit de tous mes efforts, m*a remis au lendemain; on eût considéré comme un péché d'aller un dimanche au bureau chercher ma correspondance! Si c'est dans les colonies que se font surtout remarquer le bon sens pratique des Anglais et les résultats admirables auxquels ils arrivent avec leur principe de la liberté jointe à la responsabilité, il me semble que c'est aussi à l'étranger que leurs travers paraissent le plus. Ce que l'on peut surtout leur reprocher, c'est d'abord et nvant tout leur hypocrisie religieuse, c'est ensuite leur déplorable habitude de croire qu'il ne faut être poli qu'avçc ses supérieurs, et que la meilleure manière de prouver son indépendance, c'est d'être rude et presque grossier. Or, comme l'amabilité et la politesse sont plus difficiles encore à désapprendre qu'à acquérir, il faut plusieurs années de petites expériences à un Français pour arriver à se mettre au diapason !
Galle est un charmant petit endroit, enfoui au milieu d'une végétation luxuriante ; d'épaisses forêts de cocotiers envahissent le rivage jusqu'au
bord même de Teau et il ne faut pas aller bien loin pour se promener à travers les arbres à pain, les cannelliers et les muscadiers. Mais si ce port est très-joli, il est bien mauvais pour les navires, et Ton s'étonne à bon droit que Ton n'ait pas choisi plutôt Tadmirable baie de Trincomalie, située au nord-est de l'île.
Le premier aspect de la population de Ceylan est très-original; les Singhalais ontTair de femmes avec leur peigne sur le sommet de la tête, avec I leurs longs cheveux noués sur la nuque en forme
: de chignon, avec, enfin, leur espèce de jupon de
I calicot à carreaux rouges et blancs; on ne les dis-
I tingue de leurs épouses que parce que celles-ci
! sont un peu moins vêtues.
On va de Galle à Colombo en voiture par la route la plus orientale qui se puisse désirer ; c'est littéralement une trouée au travers d'une épaisse forêt de cocotiers et de bananiers. On aperçoit de temps en temps un coin de la mer, et si, comme cela* a été le cas pour moi, on fait une partie de la route de jour et le reste pendant la nuit, on passe successivement partons les aspects. De jour, on a la chaleur, la demi-somnolence qu'elle répand sur toute la nature, la béatitude que l'on éprouve à reposer ses yeux sur l'ombre et la verdure ; la nuit, tout se réveille, les oiseaux