‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 70 sur 168 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

chantent, les insectes bruissent, les vers luisants et les mouches phosphorescentes scintillent et Ton suit du regard quelques travailleurs, qui, la torche à la main, rejoignent leurs huttes et se perdent dans les arbres.

Colombo est la capitale politique de Tile, en même temps qu'elle en est la grande ville d'affaires. Je n'y ai rien vu de remarquable et j'ai passé du reste la majeure partie de mon temps à visiter une usine où l'on nettoie le café et où plus de mille ouvriers, femmes et enfants, travaillent du matin au soir pour la modique somme de sept sous par jour ; quelle différence dans les destinées ici-bas!

21 février.

On vient d'ouvrir un chemin de fer entre Colombo et Karidy et le trajet se fait en quatre heures ; c'est la dernière des voies ferrées que je rencontrerai sur ma route d'ici longtemps'et je me demande où j'en retrouverai? Kandy est située à une hauteur de 1,700 pieds, au milieu des montagnes qui occupent tout le centre de l'île ; pour y arriver, le chemin de fer monte donc presque constamment et, en plus d'un endroit, il a dû être taillé dans le roc, sur le bord de précipices de

plusieurs centaines de pieds de profondeur. Mais si ces passages lui donnent beaucoup de pittoresque, j'ai trouvé plus d'intérêt encore dans les jong'es, dans ces forêts quasi-vierges qui, des deux côtés de la voie, forment un fouillis impénétrable et sont bien l'expression de la végétation prodigieuse que je m'attendais à voir à Ceylan. Toutes les espèces semblent y être représentées depuis le Jack-tree avec ses grandes feuilles sombres et luisantes, avec ses fruits aussi gros que des citrouilles, jusqu'à certains arbres entièrement dépourvus de feuilles et surchargés par contre de fleurs écartâtes; des broussailles et des fougères de toutes sortes tapissent le sol, tandis que mille lianes et mille plantes grimpantes relient les arbres les uns aux autres et forment un inextricable tissu de verdure. C'est un beau tableau; je ne lui trouverai qu'un seul défaut, c'est de répondre trop exactement à toutes les descriptions de nos romanciers et de n'offrir par conséquent pas assez d'imprévu.

Kandy est gracieusement bâtie dans un vallon au bord d'un lac ou plutôt d'un grand réservoii' d'eau, entouré de palmiers et d'arbres de toutes sortes ; l'air y est frais et pur, on semble y respirer la santé, et ses habitants sont si aimables que j'y ai passé quatre jours des plus agréables. Un

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