CHAPITRE I
monde que j'embrasse d'un coup d'œil! Aussi, sous la double émotion des yeux qui dévorent ces ruines gracieuses et de l'esprit qui ne sait où fixer plus particulièrement ses souvenirs, je reste un long moment comme anéanti. Enfin et peu à peu tout cela se dégage, mais le soleil couchant me surprend à rêver encore à la même place, et il m'a fallu plusieurs heure^ pour écrire les quelques lignes que j'achève.
12 octobre.
Je suis retourné ce matin à l'Acropole, et je ne puis presque pas m'en arracher. Et cependant c'est un bien petit plateau et la vue que Ton y découvre ne plane guère, sauf un bois d'oliviers, et un coin de mer bleue, que sur des rochers et sur des collines arides couleur d'ocre rouge. Mais ici se sont agitées longtemps les destinées du monde, ici un peuple, petit par le nombre, immense par le génie, a su sentir le beau et créer l'art.
Les heures s'écoulent et il faut que je parte ; je me sauve comme un larron sans oser regarder derrière moi, je cours au Pnyx, et je monte un instant sur la tribune massive, si bien conservée, où Démosthènes debout devant le peuple savait le re-
muer, l'agiter , l'entraîner. Je ne vais voir ni l'Athènes moderne, ni le palais du roi ; je m'enfuis plein de mes souvenirs antiques et n'ayant qu'une pensée, celle de me réjouir des moments où, rentré à mon foyer, je pourrai relire toute l'histoire et la comprendre, ce me semble, alors seulement.
15 octobre.
Nous sommes arrivés hier à Smyrne. C'est une grande ville de cent mille habitants, joliment située dans l'intérieur d'un golfe profond, mais dont il ne faut cependant pas exagérer la beauté, comme l'ont fait beaucoup de voyageurs. Ce qui m'y plaît le plus, c'est la verdure, ce sont ses jardins de figuiers et d'orangers, ses habitations confortables dont les vestibules, où l'on se tient toujours, s'ouvrent sur des allées ombragées et fraîches. J'en jouis surtout à Bournabat, au milieu de l'aimable hospitalité du consul de France, le comte de Bentivoglio.
Aujourd'hui nous avons parcouru les ruines d'Éphèse. Ce fut, pendant la série des quelques siècles qui précédèrent immédiatement l'avénement du christianisme, une des villes les plus renommées pour son luxe, sa richesse et sa magnificence. C'est là que se trouvait l'une des sept