‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 78 sur 168 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

larges et propres, ou bien je suivais le cours de l'un de ses canaux, en assistant curieusement à la toilette de ces Chinois, de ces Javanais et de ces Malais, hommes et femmes, qui trouvent tout naturel de prendre la rue pour chambre de bains. Vers onze heures, je me rendais dans la ville d'aflfaires pour causer un peu avec les négociants et les entendre d'ordinaire se plaindre de la concurrence que leur fait le gouvernement, car ici le gouvernement est marchand et dans les conditions de quasimonopole les plus fâcheuses pour le bien général. Enfin mes après-midi et mes soirées se passaient en visites chez les dames ou chez quelques fonctionnaires, ou bien dans le musée si curieux de Batavia, mais le plus souvent en causeries intéressantes avec un homme dont j'ai eu le plus vif plaisir à faire la connaissance, M. Du Ghesne de Bellecourt, notre ancien ministre au Japon. J'étais tout oreilles à ses récits, et les heures s'écoulaient beaucoup trop vite à mon gré, lorsqu'il me permettait de lire avec lui quelques-unes des belles études qu'il a faites sur l'histoire du Japon, études savantes et d'un immense intérêt, et que malheureusement il ne se décide pas encore à publier.

16 mars.

Je viens de passer quelques jours dans Tintérieur de l'île et je rapporte les meilleurs souvenirs de cette excursion ravissante. Je craignais un peu d'éprouver ici le même sentiment qu'à Ceylan, ou, tout en étant content, je n'avais trouvé rien de plus que ce que je m'attendais ù voir, et j'ai donc eu double plaisir au fur et à mesure que toutes mes espérances ont été dépassées. Ce n'est pas qu'il faille chercher à Java le grandiose de la Suisse ou Faspect riant de la Méditerranée, le plus grand intérêt consiste ici dans la richesse prodigieuse d'une végétation luxuriante, que quelques contrées de l'Amérique du Sud peuvent peutêtre égaler, que nul pays ne dépasse assurément.

L'île de Java est traversée d'un bout à l'autre par une longue chaîne de montagnes d'où s'élancent d'innombrables petites vallées, couvertes de rizières dans le centre, et d'une jongle impénétrable le long de leurs versants. A cette époque de Tannée, chacun de ces vallons ressemble à un océan de verdure entouré de forêts vierges et parsemé d'îlots de palmiers ou de bambous, et leur aspect, un peu uniforme si Ton veut, reste toujours enchanteur. Çà et et là, dans les endroits plus précoces où le riz était m^lr, le tableau était

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