‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 79 sur 168 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

égayé par les moissonneurs qui cueillaient les épis un à un et en formaient de véritables bouquets, car c'est strictement ainsi que se fait la rëcolte. Ces travailleurs, hommes et femmes, faisaient Teffet le plus pittoresque avec leurs poitrines nues et leurs grands chapeaux ronds, bariolés des couleurs les plus vives, et, en voyant leurs costumes se réduire à une étoffe qui leur ceint les reins, en songeant qu'une poignée de riz assaisonnée de curry forme toute leur nourriture, je ne sais trop pourquoi l'idée me revenait sans cesse que chez eux les dépenses d'un ménage ne doivent pas entraver les mariages d'inclination, et que l'amour n'a pas, comme chez nous, à compter avec la raison î

Je voyageais d'une façon très-originale. J'avais dû, pour me conformer aux usages arriérés du pays, louer une chaise de poste à Batavia, et j'allais d'étape en étape, m'infofmant toujours avec anxiété si quelque employé du gouvernement, usant de son privilège, n'avait pas mis Vcmbarcjo sur les relais. Je passais, tantôt au grand galop de six chevaux, à travers de petits villages bien tejiusoù les natifs eux-mêmes ont fini par prendre goût à l'ordre et à la propreté des Hollandais; tantôt, lorsqu'il s'agissait de gravir une côte ou de traverser un défilé, mon attelage se renforçait

de quelques paires de buffles et j'ai vu un moment jusqu'à dix buffles et six chevaux s'aligner devant ma lourde voiture. Partout sur mon passage, les habitants «'accroupissaient sur leurs talons ; c'est le signe dé respect que leur ont enseigné les Hollandais, et Dieu sait si ces derniers y tiennent!... ne faut-il pas conserver son prestige ! Je me rappelle même que chez monsieur l' Assistant-Président de Tjandjore les domestiques prenaient cette humble posture dans les chambres lorsqu'on les appelait pour leur donner un ordre !

Je me suis arrêté d'abord à Buitenzorg ; c'est la résidence habituelle du gouverneur de Java, et Ton y visite naturellement son palais et son parc, ainsi qu'un grand jardin botanique admirablement planté des plus beaux arbres des pays chauds. J'ai eu plus de plaisir encore à m'asseoir tout simplement dans un petit pavillon derrière l'hôtel Bellevue, et à voir couler à mes pieds un torrent qui traverse tout une plaine de cocotiers, à l'ombre desquels se cache par-ci par-là quelque case indigène. Pendant que j'étais là, un peu perdu dans mes rêveries et songeant à la France, j'ai été ramené brusquement aux régions tropicales par une bande de singes, qui s'est mise à gambader à portée de ma main pour ainsi dire.

Entre Buitenzorg et Tjandjore la route traverse

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