‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 80 sur 168 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

la passe du Mégamendong, élevée de quatre à cinq mille pieds et fort belle. Lorsque, arrivé tout en haut, on quitte un instant sa voiture pour prendre, au milieu de la forêt séculaire, un délicieux sentier perdu dans un tissu de lianes de toutes sortes, on se trouve tout à coup en face d'un petit lac extraordinaire. C'est plutôt un grand étang, enfoui au fond d'un entonnoir à pic, dont les parois de verdure viennent, sous la forme de

bananiers sauvages, d'immenses fougères arborescentes et de lotus aux larges feuilles, se baigner jusque dans ses eaux tranquilles et sévères. Nulle part peut-être je ne me suis senti plus loin du monde et plus près de la nature; le calme, l'immobilité qui m'entouraient faisaient battre mon cœur, et je n'aurais pas été surpris du tout si j'avais vu sortir du fourré quelqu'un des rhinocéros qui habitent ces bords solitaires.

J'ai fait, près de Bandong, l'ascension intéressante du vocan le Takoubamprahoe. Je suis parti de grand matin, accompagné par plusieurs guides, et nous nous sommes bientôt engagés dans une forêt telle que j'ose à peine la décrire de peur qu'on ne m'accuse d'exagération. C'étaient des arbres gigantesques, reliés entre eux par mille lianes en fleur, et la meilleure idée que je puisse donner de cette végétation prodigieuse est de dire

que nous passions quelquefois sous des arches de verdure formées par des fougères de 20 pieds de haut, qui se croisaient au-dessus de nous.

Un volcan à Java, et ils y sont nombreux, n'est pas, comme nous nous l'imaginerions en Europe, un cône de cendres aride et nu; ici. la végétation est si vivace qu'elle ne cesse que sur les bords même du précipice. Le cratère, ou plutôt les deux cratères du Takoubamprahoe doivent avoir 2 lieues de circonférence et 300 mètres de profondeur; j'y suis descendu pour plonger mon bâton dans l'eau bouillante et pour ramasser quelques morceaux de soufre à moitié fondus; mais lorsqu'il s'est agi de sortir de cet entonnoir à pic, j'ai eu toutes les peines du monde à m'en tirer : les forces vous manquent dans un pays chaud comme Java.

J'aurais aimé passer quelques jouj s encore dans les environs de Bandong et pousser même plus loin, mais le temps s'écoulait et il fallait songer au retour; je me sentais du reste un peu de lièvre et je préférais être prudent. La saison des pluies, qui dure de novembre à lin mars, n'était pas encore terminée et rien n'est plus malsain que cette température orageuse. Pour revenir à Batavia j'ai dû reprendre le chemin par lequel j'étais venu, car à Java les routes sont rares. Je me suis arrêté cette fois à Sindanlaya ; c'est ce que, dans les pays

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