CHAPITRE IX
couvrira d'année en année, je l'espère, d'habîtations et de comptoirs.
La plupart des maisons que Ton voit jusqu'ici à Saïgon ne seront sans doute que provisoires ; elles seront remplacées peu à peu, et à mesure que la prospérité augmentera, par des constructions plus importantes, et j'espère bien qu'alors nos colons prendront exemple sur les Anglais et les Hollandais, et, se rappelant que le ciel des tropiques exige des précautions spéciales, remplaceront leurs murs blancs et plats par de larges vérandas entourées elles-mêmes de quelques arbres.
5 avril.
Voici dix joure que je n'ai ouvert mon journal, tant j'ai été bien reçu à Saïgon et tant j'ai eu de choses à y étudier ou à discuter.
J'ai fait quelques courses dans les environs, dans la vallée du Goviap, au tombeau élevé par les Annamites à l'évêque d'Adran, enfin à la ville chinoise de Cholen, le grand entrepôt des produits de la^ Gochinchine. Ce Cholen est très - intéressant à visiter; c'est là que les barques de l'intérieur apportent leurs chargements de riz, de poisson sec ou de produits divers, et qu'elles prennent par contre quelques-unes de nos marchandises euro-
péennes. C'est une animation des plus curieuses, car, tandis que le long des bords de TArrayo les embarcations se pressent par milliers, couvertes d'Annamites et de Cambodgiens, on voit sur les quais toute une armée de Chinois qui transportent les marchandises dans leurs magasins étincelants d'affiches et de réclames brillantes.
Les Chinois ne sont pas quarante mille dans toute la Cochinchine et déjà leur génie commercial a réussi à les faire les intermédiaires obligés entre les Annamites et l'exportation au long cours. Et non-seulement cela, mais ce sont encore eux qui, faisant concurrence à nos négociants européens, exportent jusqu'ici plus de la moitié de nos riz et vont acheter à Singapour la plus grande partie des produits manufacturés qu'emploie la colonie. Aussi, plus je vois cette race infatigable et plus je lui trouve de ressources ; il me semble que pour un peuple pareil le jour d'une régénérescence politique ne peut pas tarder; mais si j'en crois ce que l'on dit partout, il faudra que cette régénération soit en même temps morale, car les Chinois ont, à côté de bien des qualités, quelques vices affreux.
Les environs immédiats de Saigon ne sont pas beaux, le sol est relativement peu fertile, et j'ai beaucoup regretté de ne pas pouvoir aller visiter