‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 88 sur 168 · CHAPITRE IX. 1C · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 1C

les magnifiques provinces de Mytho, de Vinh-Long, le Cambodge et les terres si riches de Bienhoa et de Baria. J^aurais aimé voir par mes propres yeux, tandis qu'il m'a fallu, sous ce rapport, me contenter des descriptions des autres, descriptions heureusement unanimes dans leur enthousiasme pour la fertilité de notre colonie. La Gochinchine, à côté de ses rizières si productives et qui Tan dernier ont permis l'exportation de 200,000 tonneaux de riz, semble une terre privilégiée pour les cultures les plus riches, pour le mûrier et l'élève du ver à soie, pour le tabac, pour la canne à sucre, le coton et le china-grass, pour le cocotier si avantageux. Toutes ces cultures ne se font encore que sur une petite échelle, juste assez pour prouver leur réussite ; il s'agirait maintenant de les développer, car non -seulement elles enrichiraient le pays, mais encore elles donneraient un grand aliment au commerce européen. La soie particulièrement, qui semble faite pour ces pays-ci, devrait prendre le premier rang dans une colonie française et chercher à approvisionner notre industrie nationale par excellence.

Tout le monde est à peu près d'accord sur ces prémisses, tout le monde reconnaît les ressources de la Gochinchine ; c'est dans les moyens de les développer que les opinions commencent à s'écarter

et diffèrent souvent complètement. Si mes amis ne craignent pas de me .voir entrer dans quelques détails, je vais examiner aussi rapidement que possible ce qui a été fait jusqu'ici et donner sur ce qu'il reste à faire mon opinion toute franche et toute simple.

Nous avons trouvé en Gochinchine un peuple essentiellement cultivateur, doux, facile à conduire, même par des étrangers, animé qu'il est de Tesprit de clocher beaucoup plus que de la fibre patriotique. La patrie n'est qu'au second rang chez les Annamites, la commune est tout, •et il faut dire que leur système communal est des mieux conçus. Nous avons eu le bon sens politique de respecter cette organisation, de reconnaître les maires et les notables, de leur laisser toute indépendance pour affaires intérieures et de nous contenter de faire représenter auprès d'eux notre administration par des inspecteurs des affaires indigènes, chargés de la surveillance des impôts, du maintien de l'ordre, de la justice et, en un mot, de la haute administration. Ces inspecteurs, tous . Européens, bien entendu, peuvent se comparer à nos préfets, avec cette différence qu'ils ont en même temps les fonctions de juges et à l'occasion celles de chefs d'une milice indigène que nous avons déjà pu organiser et qui donne de très-bons

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