CHAPITRE IX
tion de sa part, le gouvernempnt s'est inspiré des plus saines doctrines de l'économie politique, et je ne saurais trop l'en féliciter. J'ai rencontré à Saigon, parmi les négociants français, bien des impatiences, quelques défaillances même : Le gouvernement ne nous soutient pas! entendais- je dire. Je ne pouvais m'empêcher de répondre tout bas : Grands enfants que vous êtes, vous demandez bruyamment la liberté politique en France, et ici vous avez peur de sa sœur cadette la liberté commerciale; vous vous plaignez, et je fais chorus avec vous, que dans noire patrie nous sommes dans les langes de l'administration; prouvez avant tout, puisqu'ici vous en avez l'occasion, que votre initiative individuelle sait se conduire par ellemême !
Mais si je bals des mains lorsque je vois le gouvernement repousser toute ingérence dans le commerce, il est un point où je regrette de ne pas trouver son concours au moins indirect. L'ex portation des riz, se faisant en majeure partie sur la Chine, se trouve plutôt entre les mains des Chinois et le commerce européen ne pourra prendre grande extension que lorsqu'il se sera créé dans la colonie une culture riche, comme la soie, par exemple. Je voudrais que l'on encourageât cette culture et que le gouvernement ne
se tînt pas pour la question agricole aussi absolument à l'écart qu'il le fait pour le commerce.
Son point de départ a été excellent ; il a reconnu aux Annamites la propriété des terres qu'ils occupaient à notre arrivée, et il s'est réservé les immenses surfaces que le manque de population empêchait encore de cultiver; ces terrains, il les offre à quiconque se présente, moyennant le prix d'achat très-raisonnable d'environ 15 francs par hectare , droits d'enregistrement compris, puis il laisse l'acquéreur parfaitement libre d'en faire ce qu'il veut. Jusqu'ici rien de mieux, et quelle différence avec les concessions soi-disant gratuites de l'Algérie, et que mille conditions impossibles viennent rendre intolérables! Mais le rôle du gouvernement ne devrait pas, il me semble, se borner à attendre les acheteurs, il devrait s'étendre jusqu'à les attirer. Nous avons, en effet, en Cochinchine assez de terres riches et fertiles pour que nos limites actuelles puissent contenir cinq ou six millions d'habitants, et nous n'en avons encore que deux millions à deux millions et demi. Pour accroître cette population, que pourrait-on faire de mieux que de faire appel, par un peu de publicité en Chine, à cette race laborieuse que nous avons à nos portes et qui, arrivée au chiffre de trois à quatre cent