CHAPITRE IX
déserte et brûlée abritait un beau port, elle se trouvait vis-à-vis de l'embouchure de la rivière de Canton, elle était en quelque sorte la première terre que les navires européens rencontrassent en entrant dans les mers de Chine, et les Anglais surent comprendre tout le parti qu'on pouvait en tirer. Ils ne se laissèrent arrêter ni par son insalubrité terrible, ni par les ravages de la piraterie chinoise, et, appelant à leur aid« l'influence toutepuissante de la liberté du commerce, ils déclarèrent Hong-Kong port franc et réussirent à en faire en peu de temps le grand entrepôt où viennent s'approvisionner les provinces du sud de l'empire. Aujourd'hui, sur les pentes abruptes du pic Victoria, les maisons s'étagent chaque année plus nombreuses, elles sont habitées par 3,000 Européens (et c'est un gros chiffre pour l'extrême Orient), en même temps que par plus de 120,000 Chinois, et chaque jour voit augmenter le nombre des bateaux à vapeur qui sillonnent sa rade.
Une seule ombre vient obscurcir ce brillant tableau et même le ternir de la façon la plus triste : c'est l'affreux commerce d'opilim sur lequel a été fondée la plus grande partie de cette prospérité. Hélas! faudra-t-il donc trouver toujours dans ce bas monde le mal si près du bien, et n'estil pas désolant de remarquer, lorsqu'on parcourt
quelques tableaux statistiques, que sur le milliard d'affaires faites par les Européens en Chine, Topium figure pour le chiffre affligeant de plus de 300 millions de francs!