‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 93 sur 168 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

CANTON. — MACAO. — SANGHAE. — LE YANGTSE-K lANG.

HANKOW.

21 avril 1868.

Nous nous imaginons, en Europe, (Jue Canton et Hong-Kong sont proches. voisines et qu'il n'y a qu'un pas à faire pour se rendre de Tune à l'autre; ce pas est bel et bien d'une trentaine de lieues, et pour raccourcir la distance, il faut toute la vitesse et tout le comfort des bateaux à vapeur américains. On navigue pendant assez longtemps dans un goife profond, et ce n'est qu'après avoir passé les forts du Bogue que l'on entre réellement dans la belle rivière de Qwan-Toung. Là, le paysage prend un aspect des plus riches, et l'on se sent vraiment en Chine en voyant les cultures si bien soignées sur les bords du fleuve et, pour arrière-plan, quelques collines déboisées surmontées çà et là de hautes pagodes.

On arrive à Canton au travers d'une flotte innombrable de jonques et d'une vraie forêt de mâts et de voiles, et l'animation de cette rivière est certes un des spectacles qui se gravent le plus profondément dans le souvenir du voyageur. Toutes les formes de bateaux y sont représentées et par milliers, depuis la jonque mandarine éclatante de bannières jusqu'au modeste sampan qui joue suite fleuve le rôle de nos fiacres; depuis les longues barques de commerce, que l'on reconnaît surtout au déploiement d'artiUerie qu'elles affectent sur leur pont, afin d'effrayer les pirates, jusqu'au tronc d'arbre creusé qui sert d'échoppe au marchand ambulant ; depuis, enfin, les bateaux-omnibus qui, des points les plus reculés des provinces de Quantoung et de Quangsi, amènent les voyageurs, jusqu'aux bateaux-fleurs qui cherchent à les retenir le plus longtemps possible dans la cité des fêtes et des plaisirs. On ne sait de quel côté tourner plus particulièrement ses regards, et l'on finit pourtant par les fixer sur les coiffures pyramidales, mais gracieuses, sur les jolies bouches et sur les dents ravissantes des femmes qui forment exclusivement l'équipage des sampans, tandis que les hommes s'adonnent plutôt à la pêche ou à la grande navigation côtière.

Mes amis de Hong-Kong m'avaient recommandé

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