‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 94 sur 168 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

un Français, M. Legrand, qui, depuis onze ans, réside à Canton et qui, après avoir fait partie de la police pendant Toccupation de la villç'par les troupes anglo-françaises, a cherciié à s'établir ici comme négociant, et n'a malheureusement pas réussi, de sorte qu'en descendant chez lui on n'a pas seulement le meilleur des cicérones, puisqu'il parle couramment le chinois, mais on vient encore en aide à un compatriote. On m'avait écrit son nom et son adresse en chinois, et je tenais ce papier à la main, cherchant des yeux un lettré quelconque, lorsque je fus bien surpris de voir le coulie qui avait fait main basse sur mon bagage me faire comprendre qu'il savait où il fallait aller, qu'il avait lu ma feuille de route. J'avais affaire à un homme demi-nu et il savait lire... En pourrait-on dire autant de beaucoup de nos pays du sévère Occident I La maison de M. Legrand donne sur la rivière, et, du haut de son perron, je puis assister tranquillement à tout le mouvement des bateaux et m'accoutumer peu à peu ad bruit du tam-tam et des pétards, qui semblent jouer le plus grand rôle dans la liste des plaisirs chinois.

Canton a la réputation d'être la ville de Cliine la plus riche, la plus brillante et la plus curieuse à visiter; elle est intéressante aussi pour nous par ses souvenirs. Après l'expulsion des jésuites et jus-

qu'il y a vingt-cinq ans à peine, elle a été, pendant plus d'un siècle, le seul point de contact entre l'Europe et le Céleste Empire, car je fais abstraction de Macao, qu'il faut considérer plutôt comme une place portugaise et qui, du reste, proche voisine de Canton, en formait en quelque sorte le

poste avancé.

C'est ici que quelques Européens, et tout spécialement les agents de la grande Compagnie des Indes, venaient acheter le peu de thé que l'Angleterre consommait encore, les soies et les porcelaines auxquelles nous attachions tant de prix. Nous y apportions en échange quelques produits manufacturés, et les Indes " surtout employaient tous les moyens, licites ou non, pour y introduire leur opium maudit. Nos marchands ne pouvaient pas pénétrer dans la ville proprement dite , ils étaient relégués dans la Factorerie, et il ne nous était permis de trafiquer qu'avec la classe privile- ..iée des Hongs, que l'empereur de Chine avait chargée des rapports avec nous, en la rendant responsable de notre conduite... Triste preuve de l'opinion que l'on avait des barbares occxdm-

ce commerce international, bien restreint encore si on le compare aux proportions qu'il a prises depuis, avait du moins l'avantage pour Can.

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