CHAPITRE X
ton de se traiter exclusivement par son entremise et d'en faire le grand, port de Tempire. Cela a changé depuis : la guerre de Topium de 1840 à 18/|2; la création de Hong-Kong qui en fut la suite en même temps que T ouverture des ports de Shang-haï, de Ning-pô, de Fou-chow et d'Amoy; puis, plus tard, de 1857 à 1860, l'occupation delà cité par les forces anglo-françaises, l'accès de plusieurs nouvelles places et particulièrement des grands entrepôts du Yang-tse-Kiang : tout cela est venu détrôner peu à peu Canton. C'est toujours aux yeux des Chinois la ville du luxe, ce n*est plus le centre des affaires européennes, et il faut y venir maintenant beaucoup plus en jtouriste que comme négociant.
22 avril.
M. Legrand est matinal; nous partons donc de bonne heure et nous commençons par remonter la rivière au milieu de la ville flottante que je n'avais qu'entrevue hier et qui dépasse encore aujourd'hui mes premières appréciations ; mon cicérone estime à quarante mille le chiffre des gens qui demeurent sur le fleuve, vivant dans leurs bateaux comme d'autres habitent des maisons.
•Nous rencontrons à notre droite la concession
européenne de Shamien, admirablement située, mais où, à mon grand chagrin, je ne vois pour la part de la France qu'un vaste carré vide et désert qui comme sœur Anne, attend vainement l'arrivée de quelque maison de commerce française et ne voit rien venir. N'est-il pas honteux que nos jeunes gens n'aient pas encore su prendre leur place à côté des Anglais, des Allemands et des Américains dans ce beau commerce de la Chine! Au bout d'une heure nous laissons derrière nous les faubourgs de la grande cité, et nous arrivons aux jardins de Fatim ; c'est le quartier des horticulteurs, et l'on sait quelle importance les Chinois attachent à leurs arbres-naius, taillés en forme de chiens, de démons, de cerfs, de bateaux, et qui sont réellement curieux à voir... une fois du
moins.
Après le déjeuner, nous pénétrons dans la ville;
nous traversons deux murailles successives sur le
haut desjquelles se voient encore les monceaux de
pierres que, dans leur ingénuité, les Chinois
avaient préparées pour les lancer contre les alliés,
et nous entrons dans ces rues ou plutôt dans ces
ruelles étroites et tortueuses où tout est magasin,
boutique ou atelier, oCi l'on ne sait pas où finit la
maison et où commence la rue, où, enfin, on ne
voit de toutes parts qu'affiches et qu'enseignes sous