‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 98 sur 168 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

deux, et pendant ce temps les dandys du Céleste Empire boivent du thé ou croquent des graines de citrouille et leurs dames fument la pipe chinoise ou minaudent devant un miroir en ajoutant et en ajoutant encore un peu de rouge à l'épaisse couche de fard dont elles sont déjà couvertes ; puis à un moment donné la joyeuse compagnie se met à. table et pour avoir plus de fraîcheur largue d'ordinaire Tamarre et laisse le bateau descendre gaiement le cours du fleuve au milieu du bruit des tam-tams et des salves de pétards.

24 avril.,

J*avais exprimé le désir de déjeunera la chinoise et M. Legrand a aussitôt invité un lettré de ses amis avec lequel nous sommes allés ce matin dans le plus chinois des restaurants. Notre repas s'est ouvert, selon l'usage, par des graines de citrouille et quelques tasses de thé, mais d'un thé que je ne reconnaissais pas, tant il était bon, léger et surtout dépourvu d'amertume; on dirait que les Chinois font pour l'exportation quelque chose d'analogue à ce que les Bordelais sont obligés de faire pour les . vins qu'ils expédient en Angleterre et qu'il faut dénaturer pour plaire à des palais blindés par le poivre et par la moutarde. Le thé chinois ne se

prépare pas dans une théière, chacun de nous en mettait quelques feuilles dans sa tasse à couvercle qu'il faisait ensuite remplir d'eau tout à fait bouillante.

Le couvert se compose des bâtonnets d'ivoire et d'une cuillère gamelle qui s^rt d'assieite et que l'on va plonger de temps en temps dans le plat commun ; on ne se sert pas dp couteaux, tous les mets sont préparés de façon à les rendre inutiles. Les serviettes sont très-ingénieusement représentées par une liasse de carrés de papier dont on change à discrétion.

Tout le monde sait en Europe que Tordre des repas chinois est exactement l'opposé des nôtres; on commence par des tranches de porc aux nouilles, des cœurs de pigeons au lard, de délicieuses perdrix aux bambous, puis vient le poisson, et ce n'est qu'en dernier ïieu qu'arrive le po-

tage. Tout cela m'a paru très-convenablement apprêté et je dois dire que, quant à moi, je n'ai éprouvé aucune des répulsions dont j'avais entendu parler; le seul ennui consiste peut-être dans les rites dont la politesse outrée finit par lasser : ainsi il fallait toujours s'attendre les uns les autres pour boire le samchou aux poires ou aux pommes, que l'on nous servait dans des verres grands comme un dé à coudre et qui,

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