‹ Seize moisChapitre 10 sur 46 · X.i:S TROIS RESTAUHATIONS · texte numérisé non relu

X.i:S TROIS RESTAUHATIONS

Une longue restauration avait précédé celle de la royauté capétienne. Une autre l'accompagna. Une troisième pouvait suivre. ^

C'était une restauration que le rétablissement des autels , le retour au calendrier , aux locutions, aux usages de la société ancienne, le rappel de ses restes fugitifs, la renaissance de la puissance paternelle, celle des cens électoraux, celle des distinctions honorifiques, celle des titres transmissibles, celle des niajorats héréditaires, celle d'une cour, celle d'un trône. Aussi Napoléon obtint-il de la justice de ses contemporains le titre de restaurateur de l'ordre; et c'était celui qui flattait le plus son orgueil.

Or, celte restauration était indispensable à la

révolution même, puisque c'était l'ordre introduit dans son sein, cet ordre de haute nature et de puissance infinie, sans lequel l'état social n'est pas. Otez du milieu des hommes les lois, le pouvoir, les distinctions, un culte; la béte fauve n'a point de plus grossiers destins. Aussi la société nouvelle s'aff'ermit-elle sous la main du géant qui la régla. Son pouvoir impartial et tutélaire pacifia les esprits, accoutuma le Bleu et le Vendéen à vivre et combattre ensemble ; mit la France , théophilantrope la veille , aux genoux du chef de l'église romaine; restitua aux pontifes, à leurs pompes, à leurs rites les hommages de la foule; plia le républicain et le démocrate à voir, à servir des têtes couronnées ; apprivoisa l'opinion avec la renaissance de l'aristocratie ancienne par la création de la nouvelle; assit enfin cette Frarice flottante, au sein de laquelle pas une institution et pas un. principe n'étaient restés debout, sur ces grandes lois qui étaient en quelque sorte incarnées en lui : le respect des croyances, des supériorités, des pouvoirs.

Mais l'ordre social n'était reconstitué par le premier consul et l'empereur qu'au profit des intérêts nouveaux. Si un trône s'élevait au sein de cette terre, où la charrue révolutionnaire avait passé, il portait un fils de nos tempêtes. Sa cour

brillait surtout de gloires récentes. Les rojetons des vieilles races ne semblaient admis aux rangs secondaires que pour donner du relief et des supports à toute cette improvisation d'une noblesse sans aïeux. Un Montmorency pouvait bien arriver au titre de comte , point à celui de duc , de peur que l'ancienne société ne se crût réintégrée en lui: une superbe jalouse ne lui permettait pas même le titre de baron , comme si le premier baron chrétien eût fait ombrage au premier soldat de la révolution et de l'univers. Dans cette monarchie faite de main d'homme, il fallait que rien ne sentît la main du teijips;il fallait qtietoutcoutinuàt à dater des ruines tle la Bastille, et on conçoit que par cela même l'ordre ancien restait vaincu.

On conçoit aussi que la liberté ne pouvait trouver placedans ce régime. L'ancienneFrance eût fait un perpétuel effort pour prendre, sur ces champs de bataille de la liberté où le nombre ne fait pas la victoire, des revanches de ses longs revers. I/aristocratie impériale se serait vue sans défense contre les héritiers de cette autre aristocratie, plastronnée de siècles et rehaussée de malheurs , qui eussent attaqué sa suprématie avec toutes les armes. Les feux croisés de l'esprit républicain et de l'esprit royaliste l'auraient criblée. L'empereur même n'y

. (97 ) eût pas teiui; il ne serait resté que le grand homme. Alors tout croulait.

Il résulte de tout ceci que la chute de Napoléon était la suite de sa mission immense. Il n'avait pu dompter l'anarchie qu'à l'aide du pouvoir absolu. La condition du pouvoir absolu était de donner à la France la perpétuelle distraction de la gloire, la perpétuelle indemnité de la conquête. Mais la conquête pouvait-elle avoir un autre résultat que la réunion de tous les peuples et de tous les rois dans un intérêt commun, en même temps que la lassitude, l'épuisement, î'animadversion de la France ?Le jour devait venir où la France se retirerait du colosse. Ce jour vint, et il tomba faute d'appui.

Ici, la seconde, la grande restam'ation commence. Mais plus de méprises sur ces gigantesques événemens ! Elles n'ont déjà été que trop fatales.

Il n'est pas vrai, d'une part, que la révolution tomba vaincue avec l'empire; il n'est pas vrai, de l'autre, que la restauration s'accomplit par l'étranger.

J'ai ditplus haut, je répète que Napoléon tomba, sans que la France nouvelle fût le moins du monde vaincue. Par quil'aurait-elle été? Par l'ancienne France? depuis quinze ans, elle n'avait pas com-

battu. Par les rois conjurés? les rois ne le croyaient pas. Ce n'est plus à elle ([u'ils faisaient la guerre, et tel était leur effroi de la voir redescendre sur les champs de bataille, qu'ils n'intervinrent dans nos affaires domestiques que pour hâter la procfamation de cette charte, qui consacrait sans exception tous les intérêts, tous les principes, tous les droits nés au sein de nos orages.

Cette préoccupation allatrop loin pour qu'ils eussent la pensée de proposer la dynastie proscrite: je ne dis point de l'imposer, à Dieu ne plaise! L'Europe connaissait mieux la France, que tous ces orateurs qui trouvent plaisant de mentir à l'histoire pour insulter à des princes malheureux, et qui ne voient pas qu'ils insultent d'abord à leur patrie. Je ne sais s'ils eussent été d'humeur, pour leur compte, de plier devant un Tartare, un Allemand, un lieutenant enfin de l'étranger. Mais mon cœur français me crie qu'on ne règne pas par la grâce de l' étranger , comme dit M.Salverte, sur notre France; que la première condition, pour marcher à sa tête, est d'être Français et d'être voulu par elle. Qui ne sait les hésitations, les répugnances, les combats des hauts alliés? Qui ne sait que ce fut malgré eux, peut-être, que Bordeaux, Nancy, Troyes , Paris enfin, appelèrent les Bourbons pour s'interposer entre la patrie

(99) et ses revers. Rapprochées et réunies, comme les partis, parle malheur, \)i\r ses leçons, par la Charte, par des sentimens généreux, par la fortune enfin, les trois branches tlii tronc antique, lié au sol national par toutes ses racines, reparurent, comme reparaît, après le passage du torrent, l'arbre séculaire que le torrent a couvert de ses flots.

La révolution avait rétabli la monarchie : le trône vacant, une dynastie émérite s'offre à le remplir. L'empire avait créé une noblesse : une autre noblesse, consacrée par les mœurs quand elle ne l'était pas par les lois, se fait voir dans ce grand naufrage de l'empire, agitant au dessus des vagues im drapeau, et criant : F'ii^e le roi! La France, affamée de repos , demandait la paix à grands cris : ce drapeau l'apporte. La France , écrasée de tyrannie, demandait d'une seule voix la liberté : ce roi promet le système représentatif. La France, épuisée d'impôts , demandait non moins haut la destruction des droits réunis : la révolution royale fait comme toutes les révolutions passées et futures; elle crie: Plus de droits réunis! C'est ainsi qu'elle s'opéra. Ce fut la chambre des députés de l'empire, ce furent les conseils généraux de l'empire, ce fut ce sénat, pairie de la révolution, qui proclama le rappel des Bourbons

au trône de leurs pères. C'était l'homme d'état qui avait marqué dans l'ordre nouveau par plus de services et par plus de gages, celui qui avait le plus complèteuieiit rompu avec l'ancien régime, qui venait de négocier le pacte par lequel il ne devait plus y avoir, au lieu de deux sociétés et de deux Frances, qu'une société, qu'une France; et on dirait qu'il resta, pendant tout le cours de la restauration , attaché à la première marche du trône, comme ce serviteur du roi de Macédoine , pour rappeler aux Bourbons qu'ils étaient mortels. Quand donc de ces deux sociétés, de ces deux Frances, il eu est une cju'on accuse de nos levers, injustice et mensonge. Ce n'est pas elle cpii était allée chercher au fond du nord l'avalanche sous laquelle l'empire tomba écrasé. Le second envahissement ne fut pas plus que le premier conduit par elle et pour elle. Il y eut, au 20 mars, soulèvement unanime des peuples, des aristocraties, des rois de l'Europe contre la réapparition du génie des conquêtes, qui eut beau subir, non sans dégoût assurément, la loi de se retremper dans le Styx révolutionnaire: c'était accuser son infirmité sans se rendre moins vulnérable à toute cette Europe épouvantée. La dynastie antique ne servit là qu'à une chose : ce fut le lendemain des nouveaux désastres, si témérairement provoqués, à

opposer aux vainqueurs le seul rempart qui pût nous préserver des effets et de la prolongation de nos malheurs. L'armée revenait du champ de bataille, délabrée, sanglante, mutilée par la fortune. La cham])re des représentans se met ellemême à la mutiler de nouveau par le plus pusillanime et le plus ignare des calculs : elle enlève aux soldats leur chef; elle les dépossède de son génie, et lui de sa couronne, dans Tesuoir de tendre plus heureusement sa main désarmée à l'étranger qui la repousse. Alors paraît, malgré les efforts dedeux puissances, un vieillard qui, du sein de la capitale envahie, jette entre la France et l'étranger, son bien et son arme uniques, son bâton de voyageur. Mais ce bâton est le sceptre de nos soixante rois, Louis XVIII couvre de son droit le royaume entier, comme il a voulu couvrir de son corps le pont d'Iéna, Les rois s'arrêtèrent devant ce principe de la légitimité, k l'aide duquel le représentant de la France vaincue , avait su , à Vienne, sauver la Saxe , et qui à Paris combattit pour la France.

Dans les traités conclus , M. Thiers vient de le dire avec sa haute raison, il n'y avait pas honte. Il y avait malheur pour la France; il y avait défaite pour la démagogie et pour l'Empire; honte pour personne. Il n'y en a pas, d'être vaincu quand

on est seul coDlrc tous, cotnme la première fois, et que de plus on est divisé comme la seconde. C'est seulement un avertisseiiient de ne point se mettre seuls contre tons, et de ne point se diviser. Le premier parti peut ne pas dépendre de nous; le second en dépend toujours; et, pour y parvenir, il faut d'abord bannir ces récriminations violentes et iniques. Il faut d'abord élre vrais, bienveilians entre nous, comme des frères qui se sont disputés un commun héritage, qui ont tous eu peut-être leur part de torts , mais que mille liens attachent, qui ont dans les veines le même sang, qui sont nés sur la même couche , qui doivent vivre du même sillon , qui ne peuvent y prospérer qu'ensemble , et qui tous portent des âmes également émues à ces grands noms de France et de patrie.

Or, le caractère de la restauration du trône antique fut précisément d'effacer les distinctions de vaincus et de vainqueurs. C'était la réconciliation de la société française avec les sociétés européennes, avec elle-même, avec ses propres annales. C'était la restitution de tout ce que le passé a d'auguste et de sacré, avec le maintien de Joutes les conquêtes présentes , et la garantie de tous les progrès futurs. La charte réintégrait simplement le passé dans son droit. Elle l'élevait à l'égalité; et, en même temps qu'elle rendait à la classe

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déshéritée les titres de ses pères, aux illustrations parées de siècles le droit d'ancienneté , à la j30stéritc de Henri IV le sceptre des quarante rois dont elle est issue , elle rendit à la nation la possession pleine et entière des institutions politiques qu'appelait le vœu national de 1789.

Il y eut ainsi transaction entre les deux camps rivaux: l'un attacha la couleur de Fontenoy aux enseignes de la patrie; l'autre imposa ses codes, ses mœurs, ses maximes tout imprégnés d'égalité. Le premier plaça l'hérédité au faîte des pouvoirs; le second assura aux hommes nouveaux la majorité dans l'assemhlée héréditaire , dans les conseils, dans la cour. Alors le clergé prit place au sein des corps poHtiques, mais avec l'unique mission de représenter le grand intérêt de l'église dans le conflit de tous les intérêts sociaux. Le grand seigneur des anciens temps, nos capitaines chargés de victoires, l'avocat, le citoyen que la trihune avait élevés au niveau des degrés du trône, se croisèrent dans les conseils du prince, mais ne purent exercer l'autorité que sous la condition de la faire sanctionner par les majorités, du haut de ces tribunes puissantes qui se relevaient du même coup que le trône de Louis XIV.

En un mot, la restauration selon la charte, était à l'état politique ce que la restauration selon

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la gloire avait été à l'état social. C'était l'ordre encore, mais cette fois, à un degré plus liant, avec tontes ses garanties et tous ses bienfaits.

Dans ce régime, il y avait à gagner pour tous. L'aristocratie ancienne reprenait ses honneurs, sans offense à la nouvelle. Que dis-je? La nouvelle y trouvait une sanction auguste et un lustre inattendu. Elle avait plus de foi en elle-même, depuis quelle marchait côte à côte avec les illustrations antiques, au lieu de les primer. Cette alliance était une généalogie toute faite pour nos gloires. De son côté, la nation s'élevait de plusieurs degrés en même temps que sa double élite; elle s'élevait par ces institutions généreuses qui sont la noblesse des peuples; elle s'élevait par les richesses matérielles et morales dont l'inépuisable mine était cachée au pied de ce triple trône du roi, des pairs, des élus du pays, sanctuaires de toutes les grandeurs, buts de tous les talens, remparts de tons les droits , berceaux;: de tous les perfectionnemens et de toutes les prospérités. Ainsi, pour le peuple, pour le commerce, pour l'industrie, pour les arts, pour les lettres, le repos, la paix. Tordre, l'indépendance personnelle, la liberté publique; pour les Crands nouveaux , les jouissances après la conquête, ime cour sans despote, et le pouvoir héréditaire de la

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pairie ; pour tout le reste, à la place de l'abaissement ou de l'exil, une patrie, des grandeurs, un trône! France! France! combien j'avais raison de dire alors que la Charte était un fonds cotîimun ^ grâce auquel nous avions tous J ait fortune en même temps !

Par malheur, une troisième restauration pouvait être tentée, ou plutôt rêvée: les jours de i8i5 furent et son aurore et son déclin. Comme la précédente avait eu pour programme la déclaration de Saint-Ouen, celle-ci trouva le sien, avant le 5 septembre, dans le livre aussi habile qu'éloquent de la nionarchie selon la Charte ^ et, après le 5 septembre, dans ce manifeste opiniâtre et magnifique du Conservateur, où i^I. le prince dePolignac mit son caractère, M. de Villèle son autorité, MM. de Castel-Bajac et de Fiénilly leur passion , M. de Chateaubriant ses foudres et son génie. Ce régime eût mis , à la place d'une transaction entre les partis, la victoire de l'ancienne France sur la nouvelle. Elle eût livré l'éducation et la vie civile au clergé, et la puissance politique à quelques hommes par département. L'inégalité eût été rétablie dans les fortunes pour l'être pi us sûrement dans les rangs. La grande propriété eût été reconstruite par les lois, et, suivant d'autres conseils, plus piompîement que par les lois. Au gré des publi-

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cistes divers, elle eût complété le rétablissement de l'ordre, relativement aux personnes, en ne comptant que les services royalistes ; relativement aux classes, en restituant les privilèges; relativement aux intérêts, en ressuscitant le droit d'aînesse et les substitutions; relativement aux pouvoirs, en relevant les couvens abattus, les sociétés abolies, les corporaîionssupprimées,quitteà couronner l'édifice, soit par la puissance absolue du Saint-Siège , soit par celle des rois. Cette restauration subversive et impossible est ce que la polémique a nommé particulièrement contre-révolution , bien qu'à proprement parler, les trois restaurations fussent également contre-révolutionnaires, puisque toutes trois répudiaient les témérités de la révolution à des degrés divers , et au même degré ses crimes.

La restauration contre la charte différait de l'autre, en ce qu'elle n'était bonne pour personne au monde. La France ? elle pouvait la bouleverser. Les Bourbons ? les perdre ; voilà toute sa puissance.

Il ne s'agissait pour elle de rien moins que d'une révolution politique et sociale tout ensemble ; d'une révolution aussi complète , aussi vaste, que celle de 1789, mais à rebours, mais à contre-courant, mais en brisant la force par laquelle la

'. '"7 ) Vchclée, rérnigration et le monde avaient été écrasés vingt-cinq ans! Son premier résultat devait être de mettre les bouleversemens à la place de la stabilité; son premier acte eût été de substituer à la liberté le pouvoir absolu ; et ceci, quoi qu'on en ait pu dire, de toute nécessité. Comment espérer que le système représentatif représentât autre chose que les intérêts régnansPOu, si on pouvait passagèrement obtenir de ce vaste instrument un mensonge , la nation ne s'y serait pas trompée. Un mo« ment soumise à la fiction , elle eût bientôt pris les armes contre la réalité. Aussi ses défiances réunissaient-elles toujours ces deux fléaux : pouvoir absolu, contre-révolution, sans s'inquiéter quel serait Celui des deux qui mènerait à l'autre. Or, ces entreprises à la fois coupables et surhumaines étaient précisément les dangers contre lesquels les Bourbons avaient entendu rassurer la France, quand ils s'étaient hâtés de donner la charte à toujours. On n'a pas voulu l'entendre : en disciplinant la société, en quelque sorte fébrile, qui était sortie des flancs de l'anarchie indocile et violente comme sa mère. Napoléon n'avait pas eu besoin de donner de charte à la France; sa charte, c'était son extraction et ses batailles. La révolution n'avait enfanté jusqu'alors que des intérêts matériels. Elle avaitenglouti blendes principes, mais n'en avait pas

mis au monde ou avoué un seul : car elle ne s'inquiétait de l'égalité que comme de l'intérêt positif du grand nombre. Comme principe, comme rè£^le divine, comme accomplissement d'une amélioration sociale, la révolutionne l'entendait pas; et la preuve, c'est qu'elle traitait en ilote l'élite de la nation. Aussi des garanties matérielles pouvaient-elles parfaitement lui suffire; et la communauté d'origine, la communauté d'intérêt et de destinée assurèrent la puissance du soldat du i3 vendémiaire, du pacificateur de Campo Formio, du héros des Fvramides. Encore se crut-il obligé d'y ajouter une communauté de plus : celle du crime. Il compléta sa charte dans les fossés de Vincennes; et, quand il eut mis du sang des rois à ses mains, il n'hésita plus à saisir la couronne, certain que la révolution le reconnaîtrait, à cette grande tache, jusque dans le cortège des rois. Heureuse en effet de jouir enfin de sa fortune, elle s'endormit sous un despotisme protecteur , oubliant sans peine la liberté dont elle n'avait connu que des impostures hideuses, rassurée sur l'égalité , parce que les couronnes ducales ne brillaient qu'au front des soldats de la république ou de ses tribuns, et que le chef de l'empire avait beau rappeler les pompes de Versailles, il n'était au milieu de ses pompes que le premier des ac-

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quéreurs de biens nationaux; car il rognait au Louvre.

On a parlé sans cesse de la force de Napoléon, et Dieu sait les contre-sens funestes qui en sont nés! Il semble que la force des troues consiste à nourrir des résolutions immuables et passer des revues'. On ne doute pas que si de plus on fait quelques expéditions brillantes , que si on joint la gloire à la fermeté, on n'ait rempli toutes les conditions voulues pour ressaisir la succession entière de l'empire, et prendre son fonds en quelque sorte, sans que la France s'o perçoive que la dictature a changé de main. Erreur étrange et fatale ! M. de Bourmont pourra attacher son nom à la conquête d'Alger, sans pousser des racines dans l'esprit public. La restauration pourra briller de l'éclat de la victoire sans imposer davantage à la France. Si sa politique alarme les intérêts nouveaux , elle ne fera que dépopula-

* Ce chapitre, le suivant et le cleriucr de ce livrctout entiers, sauf quelques mots qu'on va lire , ont été écrits il y a dixhuit mois. Ils faisaient partie d'un ouvrage sur la situation de la France au(juel les ordonnances vinrent couper cours. Je n'ai rienchangé que des considérations ou des expressions aujourd'hui inlempeslives. On sent bien que je ne puis parler du gouvernement do Charles X comme je le faisais alors.

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riser la victoire. C'est que la force en politique ne réside ni dans le caractère d'un homme, ni dans son génie: leviers puissans, leviers inutiles ?'ils n'ont un point d'appui; et le point d'appui est tout entier dans les intérêts dont le pouvoir se fait le représentant. Napoléon avait la force de la révolution incorporée en lui tout entière. Il avait la force de la multitude qui jouissait de le voir, roi lui-même, vaincre et humilier les rois, parce qu'elle les humiliait en lui. C'étaient pour le peuple les émotions de la place de la Révolution continuées , avec des remords de moins, avec de l'orgueil de plus. De là vient la popularité profonde que ce grand nom conserve. Napoléon est toujours resté peuple malgré lui-même. Il était le peuple couronné; c'est pourquoi il put régner comme le peuple règne, par la tyrannie.

M. de Chateaubriant a donc raison de railler, dans son dernier écrit * , les grosses cervelles qui croyaient, en 1814, que les Bourbons n'avaient rien à changer au régime de Bonaparte, hors les draps du lit. Mais ce n'est point parce qu'il avait la gloire pour compagne de couche. Des princes, qui représentaient parmi nous dix siècles de nos

* Sur la proposition Briqueville»

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