‹ Seize moisChapitre 11 sur 46 · III · texte numérisé non relu

III

annales , n'étaient pas une nouvelle connaissance pour la gloire, qui d'ailleurs n'était qu'une des figurantes de la cour impériale. La compagne véritable de Napoléon , c'était la révolution même, et elle dormait tranquille dans h s bras du despotisme impérial comme une mère auprès d'un fils. La guerre et la victoire n'étaient là que pour servir à bercer ce salutaire sommeil. Mais, à l'approche de la légitimité, elle devait se réveiller, et n'y manqua pas. Carnot, qui s'était tu sous Napoléon, éciivit sous les rois. On vit les hommes de l'empire, le front encore marqué du joug d'or qu'ils avaient porté, la main à peine libre du joug de fer qu'ils avaient appesanti sur les peuples, ne plus trouver assez de liberté sous le soleil pour respirer en paix. Il suffisait d'avoir été lieutenant de mameluks pour compter parmi les libéraux, d'avoir brillé dans la cour impériale comme chambellan , page , comte ou duc , pour se montrer intraitable en fait d'égalité; et il n'y avait pas inconséquence , cpioi qu'on en pût dire. Tous ces hommes se sentaient désormais contraints de défendre en personne des intérêts que le despotisme impérial défendait auparavant pour eux.

En vain les Bourbons, ime fois absolus, auraient proclamé, sous la foi d'un serment nouveau, à chaque soleil qui se levait, l'inviolabilité des

propriétés nationales, le maintien des pensions, des grades, des honneurs de toute origine, la tolérance religieuse, l'égalité civile; même en croyant à leur loyauté, la France ne se serait pas abandonnée à leur parole. Car la parole des princes est subordonnée aux intérêts et aux passions des partis qui les dominent, et elle voyait autour d'eux Tancienne monarchie sortie d'exil ou l'animée du tombeau k leur aspect. Le paysan, ennemi de la corvée; l'ouvrier, desjiu'andes; le bourgeois, du privilège, auraient tous l'cgardé comme lUiC menace permanente le drapeau blinc qui flottait sur leur clocher.

Auraient-ils eu tort? Entendons M. dePeyronnet ^ n 11 eut fallu, dit-il en parlant du coup » d'état , tant de modéralion après l'avoir achevé! )i II fallait de la force pour en usev,j)his de force » encore pour n en pas abuser ; de la force envers » les autres^ plus de force sur soi-même] » C'est justement poiu-quoi le despotisme, eùt-il été possible à tout le monde, ne l'aurait pas été aux princes de la vieille France. La légitimité qui faisait leur foiceau sein d'institutions tutélaires, eût

* Questions (le jnridiclioii pailcinciilaire à l'occasion du procès des anciens unuislrcs de Charles X.

fait, avec un pouvoir sans garantie, leur perpétuelle fragilité!

Il fallait à la France nouvelle des places de sûreté, comme en donnaient jadis les rois à la faible minorité protestante, pour gages des promesses du trùne. Mais de nos jours les places de sûreté , ce sont les lois; c'est l'intervention des peuples dans la direction de leurs destinées.Or,le système représentatif était le boulevard donné parles Bourbons, sous le nom de droit public, aux Français. La Charte fut, on peut le dire aujourd'hui, la condition de l'adhésion nationale, le Ji/2C>/? non delà France; condition heureuse qui rattachait tous les progrès à tous les souvenirs, et faisait une nécessité aux Bourbons , pour conserver leurs droits, de nous restituer les nôtres et de les respecter !

La liberté était donc, en un mot, le garant nécessaire de la réconciliation opérée par la restauration entre les deux principes, entre les deux éléraens de la société française, comme cette réconciliation était à son tour l'indispensable fondement de la liberté!

Reste à voir si le gouvernement de la Charte suffisait à ce double mandat.

( ii4)

eoeoeoeeeeeee83ee9eee6eeeGoee9eeGeeoe««eoooeeeo9«

Page 1