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CHAPITRE Viir

!•£ PARTI REVOI-UTIOIUNAIRi: SOUS LA R£S T AVRATION.

Il est un parti qui n'a jamais fait que du mal à la Fiance; qui, pendant les seize années, a entravé l'affermissement des institutions libres; qui a suspendu ou refoulé tous les progrès, et risqué souvent de les tarir à leur source, en les attaquant jusque dans l'adhésion et la confiance publiques.

Ce parti naquit aux cent-jours, de ce mariage forcé de Napoléon avec la démagogie, tenant de l'un et de l'autre , apôtre du progrès des lumières et vivant des réminiscences de la révolution ou de l'empire; traînard de tous les régimes, et n'en gardant que des souvenirs corrompus; ne reconnaissant le pouvoir qu'à la tyrannie, et la liberté qu'à la licence; souple sous Napoléon tant qu'il règne aux Tuileries , levant la tête quand Napo-

léon revient mutilé du champ de douleur et de revers, parlant de déchéance alors que c'eût été le cas de parler de gloire, de guerre, de désespoir; se hâtant de prendre les devans sur l'Europe, d'achever le lion qu'elle a écrasé, de gagner à l'Elysée-Bourbon sa victoire de Waterloo, à la vue de l'étranger ; humiliant enfin le grand homme comme a fait la fortune, le contraignant, pour dernier outrage, d'abdiquer à ses pieds, lui contestant le titre de soldat après celui de prince , l'enlevant injurieusement du milieu de cette armée qui l'appelle , de peur qu'il ne se réhabilite par une victoire , et l'obligeant d'aller s'offrir seul , nu, découronné, aux mains de l'Angl^ns ; gens qui semblaient n'avoir d'autre ambition -que de laisser l'histoire indécise s'il tomba devant M. de Lafayette ou devant lord Wellington.

C'était le moment de combattre? point; de traiter? point. Les soldats, les capitaines multiplient en vain d'inutiles miracles de dévoûment et de courage Les hommes qui, depuis seize ans, ont toujours la bouche pleine des hontes de la France, ne sont occupés qu'à cette œuvre de briser aux mains de Napoléon le sceptre et l'épée, dans l'espoir de faire, à ce prix, leur paix avec le monde; et, quandils l'ont brisée en effet cette épéequi intimidait encore les rois, ils ne s'occupent plus que

d'une chose , c'est d'élaborer une constitution qu'ilsdédientauxgénérationsfiitures, et à laquelle, du reste, eux-mêmes n'ont plus songé depuis. Voilà qu'au miieu de la discussion de l'article go, s'il y a un article 90 , ou tel autre, l'étranger apparaît sous les murs de Paris consterné; alors on songe au salut public, et M. de Lafayette s'achemine vers les camps ennemis, pour aller, de quartier-général en quartier-général , quêter un roi.

Vient la réaction de 181 5. D'autres parlent, d'autres écrivent, d'autres protestent, d'autres plaident la cause de la mansuétude, de la politi- - que, de la charte enfin; d'autres demandent qiion réponde à coups de cloche aux exigences de Fétranger, que les Vêpres siciliennes soient nos traités avec la coalition qui tenait notre grande France sous ses lois ; et , si je me le rappelle bien , celui qui laissait échapper ces accens périlleux resta tout seul : sa voix n'eut d'échos qu'au fond des cœurs français. Mais dès qu'un ministère qui a lié sa cause à celle des intérêts nationaux s'est affermi au pouvoir, le parti se montre : superbe et intraitable , le premier usage qu'il fait de l'affranchissement de la presse est de célébrer, par amour pour la liberté , Napoléon et le comité de salut public. Le premier usage qu'il fait de l'affranchissement de la tribune est de demander le rappel

des conventionnels. Le premier usage qu'il fait de l'affranchissement des élections est d'asseoir l'un d'eux à la Chambre, comme on plante un drapeau. Ces violences provoquent dans les esprits une réaction qui, en un jour de deuil et d'épouvante , passe aisément des esprits dans les conseils. Le duc de Gazes tombe, et le parti abandonne sans défense aux plus cruelles calomnies un ministre qui n'a soulevé des haines qu'en se faisant auprès du trône le représentant ei le gardien de la France nouvelle. Un ministère conciliateur encore et sage, loyal, succède. Le parti imagine de s'allier, pour l'abattre, aux royalistes de i8i5, sachant bien que ce n'est pas à lui que servira la victoire: il ne se trompe pas à ce point sur l'étà^^ la cour et de la France. Non -, il pousse aux roues de la réaction , simplement parce que le char n'ira point trois mois, dit-il, et qu'il y aura culbutis universel : c'étaient les expressions consacrées. Ce tour d'affranchis élève un pouvoir qui dure sept années.

Une tel succès obtenu, le parti recourt au carbonarisme, aux conspirations , aux révoltes sanglantes, pour renverser son ouvrage, et il ne fait qu'aggraver le régime qu'il a ainsi créé. La guerre d'Espagne éclate : il émigré; il fait émigrer avec lui le drapeau tricolore; il le promène

en Catalogne, marié aux bandes étrangères; il les ressuscite enfin et se les approprie , pour les faire battrepar des Français, ces couleurs qui ont vaincu le monde; et il grandit d'autant le triomphe des adversaires qui ont trouvé en lui un marche-pied officieux pour arriver à la puissance. Leur victoire est complète; elle domine les élections; elle envahit les journaux même du parti, qui se livrent, se vendent, s'effacent à i'envi. La chambre des pairs reste seule inébranlable, comme un roc que battent tour à tour les flots contraires; seule elle défend, seule elle représente cette restauration selon la charte dont elle semble l'eaiP^ssion la plus haute et la plus vive image. Du reste, tout faisait silence et pliait la tête, quand un géant arrive, du camp ennemi qui l'a follement chassé de ses conseils; il tend à la liberté constitutionnelle sa main gantelée, la couvre du drapeau blanc, lui rend courage à son ombre et rallie luie armée par ses grands coups qui valent des armées. Tout habile, tout opiniâtre que put être la défense du pouvoir, on voyait chaque jour tomber de la place assiégée un pan de muraille, chaque jour se détacher du faisceau rompu de nombreux, de riches tronçons qui prêtaient du lustre et de la force à la cause de la restauration selon la charte. De progrès en

progrès la victoire est acquise. Qni la obtenue? Consultez les listes des écrivains, des candidats, des élus. Mais qui se chargera de la corrompre et de la perdre? Laissez faire au parti! le voilà. Une loi qui brise le glaive de la censure, une autre qui assure la sincérité des élections sont promises à la France par le ministère nouveau. C'est une charte tout entière; c'est le gouvernement représentatif élevé à sa plus haute puissance. L'Angleterre a mis cent ans pour arriver à la première de ces libertés, et elle n'a pas l'autre. Toutes deux sont présentées. La France pousse un cri de gratitude et de joie. Ce cri, M. de Constant le formule, pour son compte, dans un journal , et y attache son nom. Mais tout à coup le parti se ravise. Tout ceci n'est que de la liberté; par conséquent du repos, l'ordre, la monarchie. Le parti déclare les lois vandales , et c'est M. de Constant qui est chargé d'ouvrir l'assaut. Tous s'y précipitent; et, à dater de ce moment, harceler, calomnier l'administration, multiplier les coups que l'on sait le plus sensibles au monarque, c'est l'œuvre de tous les jours. A la fin, les lois communales et départementales arrivent à la tribune. Le parti qui a demandé ces lois, et qui même s'avoue satisfait de l'une des deux, trouve plaisant de s'allier, contre le ministère qui les a laborieusement

obtenues du trône, avec ceux qui ne veulent ni de l'une ni de l'autre, avec ceux qui condamnent toutes les concessions et auxquels la fortune l'a , depuis lors , si bien rendu. Le ministère demande qu'on discute d'abord celle qui satisfait les esprits, qui est la base naturelle du système, qui pose et résout des questions dont la solution est indispensable au reste des débats , qui a été apportée la première, rapportée la première, présentée la première à l'ordre du jour. C'est assez pour que le parti décide que tout sera bouleversé, qu'on commencera par ce qui fera orage, par ce qui ajournera d'une année, au moins, les libertés municipales dont on se dit avide. Pourquoi cette décision? simplement pour molester à tort et à travers un pouvoir, coupable de se montrer constitutionnel et débonnaire. Qu'on donne une autre raison : j'en défie.

L'autre loi se présente à la discussion : au premier article , les conseils d'arrondissement sont nommés; on propose de les abolir, de renverser, par un amendement auquel personne n'a songé, sans discussion préalable, le système entier de l'administration française et toute l'économie de la loi. Le ministère déclare que cette folie , que cette offense à la prérogative royale comme au bon sens, ne seront point subies. Raison de plus; il

faut voir si le roi osera. Cette expérience est le seul intérêt qui tente; caries conseils d'arrondissement ne font rien à personne ; la preuve en est que, depuis juillet, le parti a eu carte blanche, qu'il a pensé à tout, et n'y a plus songé. Cependant il renonce à de grandes institutions pour recommencer le jeu de 1822. Il vote avec l'autre extrême, en criant que, si les lois étaient retirées, il remuerait ciel et terre. Le roi retire à l'instant les lois. Le parti fait silence; et la France lui a obligation du ministère du 8 août.

Ce parti n'a donc pas le droit d'accuser la restauration ; car, il a fait les ministères par qui les actes impopulaires se sont accomplis.

Il n'a pas le droit de se plaindre des quatre cents millions de la guerre d'Espagne et du milliard de l'indemnité. Il n'a pas le droit de parler d'économie ; car il a coûté à la France, outre ces deux chapitres , les deux milliards du 20 mars et le quantum de la révolution de i83o.

Il n'a point le droit de parler liberté; car il ne l'a jamais comprise. Il n'a jamais su l'accueillir, quand elle s'est offerte à lui. Il ne connaît qu'une chose : les révolutions. Encore exige-t-il , infatigable artisan , que ce soient des toiles de Pénélope,

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